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08/03/2007
 

Jean-Marie Mersch : La critique des années 50 vaut bien une messe

La critique des années 50 vaut bien une messe
La critique des années 50 – qu'il faut entendre au sens large car elle a commencé quelques années plus tôt avec la revue italienne Bianco e Nero, qui a contribué puissamment à la naissance du néoréalisme – a joué un rôle capital dans l'histoire du cinéma d'après-guerre.
Car, loin de rester isolée, l'oeuvre pionnière transalpine n'a pas tardé à inspirer au moins deux de ses consoeurs européennes : les Cahiers du Cinéma en France et Sight and Sound en Angleterre, qui ont indéniablement été à la base du développement et du succès de mouvements aussi importants que la Nouvelle Vague et le Free Cinema, dont les ténors avaient nom, d'une part, François Truffaut, Claude Chabrol, Eric Rohmer et Jean-Luc Godard, et, d'autre part, Lindsay Anderson, Karel Reisz, Tony Richardson et John Schlesinger. Tous étaient aussi critiques de cinéma dans ces revues. Comme, du reste, leurs homologues italiens, Rossellini, Visconti, Fellini, Zavattini, et plus tard, Risi, Ferreri, Antonioni le furent dans Bianco e Nero.
Et, non seulement ils battirent tous en brèche, dans leurs papiers, les conventions et l'académisme du passé, mais, quand ils devinrent cinéastes, ils inventèrent surtout une manière nouvelle et révolutionnaire de filmer.
Parallèlement à cela, cette même critique des années 50 – qui, loin de limiter son action aux seules revues spécialisées, s'était répandue aussi dans la presse quotidienne, à la radio, à la télévision et, bien sûr, également dans les livres (voir la bibliographie) – accomplit une autre œuvre salutaire : celle de sortir du purgatoire un nombre impressionnant de cinéastes plus anciens, d'Alfred Hitchcock à Ernst Lubitsch, en passant par Howard Hawks, Fritz Lang, Vincente Minnelli ou John Ford, dont le talent, voire le génie, n'avait pas, jusque-là, été reconnu à sa juste valeur, quand il n'avait pas été décrié ou, tout simplement, ignoré. 
Ce qui l'amena automatiquement à démontrer de manière irréfutable que le cinéma dit « populaire » et « de divertissement » avait souvent autant de valeur et parfois même plus que le cinéma dit  « classique », dont certains puristes intolérants décrétaient qu'il était le seul à mériter le titre de « Septième Art ».
En mettant de cette façon les choses au point (c'est le cas de le dire) et en faisant mentir, rétrospectivement ou à l'avance, tous les détracteurs de l'invention des frères Lumière – et d'abord eux-mêmes (puisque, aveuglés sans doute par leur nom, ils la qualifièrent de «divertissement de foire » et d'objet de curiosité éphémère « qui ne fera qu’un temps » avant de l'abandonner pour retourner à leurs recherches purement photographiques), puis tous ceux qui se drapèrent dans leur dignité offensée chaque fois qu'une innovation, pourtant féconde, comme celle du parlant ou du cinémascope, se faisait jour – la critique des années 50 déculpabilisa une foule innombrable de spectateurs, dont beaucoup, devenus ses fidèles lecteurs, découvrirent un beau jour qu'ils étaient aussi devenus de fervents admirateurs de cet art à part entière qui mérite absolument son titre de Septième !

 

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