Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2002
 

Jérémie Renier - Le Troisième Oeil

Une grande partie du charme de Jérémie Renier réside dans le côté imprévisible du personnage. Comme un musicien de Jazz qui improvise à partir d'un standard, Jérémie manie les variations à l'infini. Le straight l'ennuie. C'est un comédien qui n'hésite pas à mettre la main à la pâte sur un tournage. Nous avons le souvenir de l'avoir vu manier le clap sur le tournage d'un plan dont il était absent, sur Le Troisième Oeil. « Mes amis les plus proches dans le cinéma, nous confirme-t-il, sont les gens de l'équipe technique. Je suis plus proche d'eux que des autres comédiens. Ca doit être mon côté belge, bon vivant. Je me sens bien avec eux. Ils sont simples ».

« La dernière scène de King Kong, est l'un des premiers souvenirs qui me revient à l'esprit à propos d'un filmA la fin il mourrait et je pleurais parce que j'entendais très bien son coeur qui battait -pom, pom, pom - de moins en moins fort et mon père disant "coupez" en voyant l'état dans lequel j'étais. C'était une K7 Bétamax que mon père avait louée ».
Enfant, Jérémie s'identifiait à des héros comme Superman, Zorro, etc. « A l'époque je trouvais les films de Belmondo, comme Le Magnifique, superbes. Ceci étant cela n'a pas influencé une vocation. Je n'ai jamais eu la prétention d'être comédien en Belgique.

Maintenant on peut peut-être le dire. Mais à l'époque il y avait deux longs métrages par an qui se faisaient en Belgique. Il y a un film que j'ai vu bien plus tard et qui m'a bouleversé : Man on the moon de Milos Forman. Quand j'étais gosse, en famille, j'étais davantage derrière la caméra. C'est moi qui racontait des histoires, écrivait des scénarios, dirigeait les scènes. J'aimais bien tenir la caméra, encore maintenant d'ailleurs. Mais depuis que je sais vraiment ce que représente la réalisation d'un film je préfère être comédien. Cela prend du temps. Peut-être qu'un jour j'aurai l'opportunité de faire des courts métrages avec des copains. Je laisse les choses se faire ».

Son premier casting il le passe pour Toto le héros à neuf ans. Sortant du Festival du dessin animé, il découvre une annonce de casting et déclare à son père qu'il veut s'y présenter. La production lui envoie un texte à apprendre. Il y va avec son père et se prépare. «  J'avais une peur bleue, je tremblais, j'ai du être très mauvais puisque je n'ai pas été retenu ».

Cet hobby plutôt que cette vocation, l'amène à faire un peu de théâtre, à participer à des matches de la ligue d'impro et à faire de la figuration notamment dans Les Sept péchés capitaux, jusqu'au jour où il passe le casting de La Promesse. « J'en ai un très bon souvenir, c'était à Liège, ma maman m'avait accompagné. Cela se passait dans une grande salle, les frères Dardenne m'ont donné un texte. Je suis sorti de là en me disant que j'avais bien aimé le jouer. C'était chouette. Quatre mois après, ils m'ont appelé en me demandant de revenir avec des cheveux courts. J'avais quinze ans et de longs cheveux. Je ne voulais pas les couper sans savoir si j'allais faire le film. On s'est donc arrangé pour les dissimuler lors du second casting. Deux mois après, les frères m'ont appelé en me disant que c'était moi qui serait Igor dans La PromesseLe film terminé, il a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes.

Le tournage a été dur, long. Il faisait froid. Du coup après cela, je n'ai rien fait pendant deux ans. J'ai terminé mes études et fait les conneries d'ados que j'avais à faire jusqu'au jour où François Ozon m'a proposé Les Amants criminels. C'était un tournage idyllique, en Corrèze, au mois d'août. C'est à ce moment-là que j'ai décidé de devenir comédien. J'ai donc enchaîné avec Saint-Cyr et puis Le Pacte des loups. C'était une grosse équipe. On n'a pas les mêmes rapports humains que dans les petites équipes où l'on trouve plus facilement sa place.

Lorsque Christophe Fraipont m'a proposé le scénario du Troisième oeil, ce n'était pas la même version. J'ai vu ses courts métrages, je l'ai rencontré et j'avais envie de partager quelque chose avec lui. Puis ça a duré, on attendait toujours que le montage financier se fasse. C'est une aventure qu'on avait commencé ensemble, il était normal qu'on la poursuive ensemble. Le film s'est tourné en grande partie au Grand-Duché de Luxembourg. »

Lorsque nous lui demandons comment il se prépare pour incarner un rôle, il nous répond qu'il n'a pas besoin de vivre la scène en dehors des prises. « J'arrive facilement à décrocher d'un côté ou de l'autre et pour moi c'est important. Je n'ai pas envie de me faire souffrir pour jouer. » Lorsque nous lui demandons comment il a travaillé son personnage de jeune rebelle en quête de reconnaissance, il nous répond : « Très simplement. On avait travaillé pas mal en amont. Avant d'arriver sur le tournage, on s'était déjà posé des milliers de questions. Donc, tout était là. Comme il y avait une confiance totale entre Christophe et moi, j'ai été libre de tester des choses. Et je lui en suis très reconnaissant. Les personnages de Michaël et Malika, au début ressemblent à deux bêtes, deux animaux qui se rencontrent. Cela peut créer des étincelles mais en fait cela provoque un petit éclair par rapport au monde dans lequel ils sont. C'est important. C'est l'espérance. Michaël croit en quelqu'un qui l'aime. Il change, il s'ouvre, il prend conscience de ce qu'il est.»

Nous lui demandons quels sont ses projets. Il nous confie qu'il doit prendre dix kilos pour tourner un film de Lionel Mougin qui démarre le 6 janvier 2003. L'histoire d'un jeune mec qui sort d'un pénitencier et retourne dans son village natal, dans le Jura, pour retrouver sa copine qui est enceinte de lui.

Et le théâtre ? Il aimerait bien. D'autant que son frère en fait. Il faut que l'occasion se présente. Qu'il y ait une équipe soudée.

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