Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/09/2003
Mots-clés : comédien, rencontre,
 

Jeremy Hamers : Dehors

Prix Kieslowski Europe 2003 pour Dehors, un scénario de court métrage qu'il a achevé de tourner en France dernièrement et dont nous vous parlons, par ailleurs, dans notre rubrique Médiatics, Jeremy Hamers a un parcours cinématographique singulier. Portrait.
« Habitant Eupen, les premiers films de cinéma que j'ai vu étaient des films de Jacques Tati diffusés sur les chaînes allemandes. On attendait leur diffusion avec impatience parce qu'on pouvait regarder un film avec les parents. C'était le moment à ne pas rater.
Le cinéma en salles était lié à l'idée d'aller une grande ville davantage qu'à la programmation d'un film. Le cinéma c'était comme aller à Wallibi. Mes premiers souvenirs sont liés aux films de Disney. A Blanche-neige, qui est ressorti au milieu des années quatre-vingts et des Aristochats, un film que j'ai beaucoup aimé à cause de sa frénésie musicale.
Le désir de faire moi-même du cinéma est venu vers l'âge de 16 ans, certainement pas avant. Mon père avait fait ses études secondaires avec Henri Xhonneux qui était devenu cinéaste et me racontait des anecdotes du tournage de Souvenir of Gibraltar, un long métrage que ce dernier avait réalisé. Le monde du cinéma m'apparaissait comme un monde singulier, un peu magique. »
Ayant découvert qu'à l'Université de Liège, une section cinéma et arts audiovisuels faisait partie de la licence en communication Jeremy Hamers s'y inscrit. Désirant apprendre le cinéma et son histoire.
« L'envie de réaliser des films est venue pendant mon cursus universitaire en travaillant dans les ateliers de réalisation, en vidéo, où j'ai pu pour la première fois, passer de l'autre côté du miroir. C'est un désir qui est venu pendant mes études. C'est pendant que j'apprenais à voir les films des autres que l'envie de faire des films moi-même m'est venue. Cela me paraît assez clair. A Liège, dès la première candidature on était plongé dans une ambiance de cinéma. Une fois par semaine, on bénéficiait de la projection d'un long métrage, d'une copie qui venait directement de la Cinémathèque et on le voyait en 35mmm, sur grand écran, dans un auditoire de 300 personnes. Ce qui m'a donné l'occasion de voir des films comme Un été avec Monika de Bergman, Nuit et Brouillard d'Alain Resnais ou encore Le cuirassé Potemkine de SM Eisenstein sans devoir venir à Bruxelles, à la Cinémathèque. Revoir un Tati sur grand écran, était un plaisir fou. C'est de cette façon que j'ai découvert les films de Fassbinder, l'époque tchèque de Milos Forman, Pasolini ou Bresson. Les films de ce dernier ne donnent rien lors de leur diffusion télévisuelle. Mais sur grand écran Bresson c'est du cinéma pur, pour moi.
Quand on sortait de la vision de ces films on était différent, j'en suis sûr ! »
Ce qui est étonnant, si on pense au Prix Kieslowski 2003, c'est que le désir de Jeremy Hamers le pousse davantage vers le documentaire que vers la fiction. D'ailleurs il consacre son mémoire aux documentaires de Werner Herzog et envisage de consacrer une thèse de doctorat au documentaire allemand d'après-guerre. « L'envie du documentaire est venue avant la fiction puisque avant le scénario de Dehors j'avais écrit des projets de documentaires dont certains sont relativement aboutis et que j'espère toujours tourner. D'ailleurs, l'un d'entre eux, C'est pas fini a été sélectionné par le concours international du DESS pour la réalisation de documentaire de création (Ardèche Images, Université Stendhal, Grenoble3). Le scénario n'a finalement pas été réalisé mais existe toujours.
La distinction entre documentaire et fiction lui parait floue. Il y a d'abord et avant tout du cinéma. D'autant qu'il y a le documentaire de création et le documentaire issu du cinéma direct, un héritage des années soixante. Ce dernier n'est pas le style de documentaire qu'aimerait réaliser Jeremy Hamers. « Plutôt que de refléter le monde il vaut mieux s'en inspirer », précise-t-il.
En 2001, il réalise Der Strick (La Corde), un court-métrage de fiction qui est sélectionné au « Kurz und Schön » de Cologne. Après un bref passage à l'IAD, où il rencontre Benoît Lamy qui y professe, il écrit Dehors, un idée qui lui trotte en tête et dont il fait un scénario qui correspond au thème imposé par le concours Kieslowski : la peur. Sans trop y croire puisque le court métrage s'apparente souvent à un exercice de style et que Dehors est un récit linéaire. A sa grande surprise, il se retrouve, avec une trentaine de personnes en finale et, en définitive, obtient le Prix International Kieslowski 2003. Produit par Nada, une filiale de MK2, il réalise le film dans la foulée. En 35mm, avec une production compétente. Une expérience qui lui donne plus que jamais l'envie de continuer à réaliser des films qu'ils soient des documentaires ou des fictions. Pour l'instant il a un projet dont le sujet est la fermeture d'une maison de repos à Verviers. Nous vous présentons Dehors dans notre rubrique Médiatics.

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