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Jerzy Skolimowski, signes particuliers

« Ma propre vie est très rapide. Il m'arrive de sauter d'un train en marche pour courir boxer sur le ring. Je ne supporterais pas de raconter quelque chose de façon lente. » Jerzy Skolimowski

couverture du livre Jerzy Skolimowski, signes particuliersCet ouvrage traite de l'ensemble de l'œuvre protéiforme de Jerzy Skolimowski, perçue par des critiques de cinéma, avec des témoignages du réalisateur, d'amis ou techniciens ayant travaillé avec lui. Pour expliquer le parcours de films réalisés dans une longue durée, le livre a été divisé en quatre parties : les premiers films en Pologne (1959-1967); l'exil (1967-1991); la peinture (1992-2008); le retour au cinéma en Pologne (2008-2012).
En 1967, Jerzy Skolimowski quitte sa Pologne natale, un pays où il a réalisé six courts métrages et trois longs métrages (Ryopsis, Signe particulier néant, Walkower, La Barrière) tout en scénarisant Les Charmeurs innocents de Wajda et Le couteau dans l'eau de Polanski. En débarquant à Bruxelles, Skolimowski va réaliser Le Départ, son seul film tourné en Belgique.
Marc (Jean-Pierre Léaud) cherche une voiture pour participer à une course automobile. Il espère utiliser la Porsche de son patron, mais celui-ci en a besoin pendant le week-end. Il cherche à réaliser son rêve malgré tout en cherchant une autre voiture rapide. Une scène qui se passe au salon de l'automobile de Bruxelles développe l'idée que Marc suit son idée fixe avec frénésie comme l'enfant qu'il est resté. Cela file à toute allure d'une scène à l'autre comme des sketches d'un film burlesque de Buster Keaton. Léaud accumule les facéties cocasses, et les pirouettes. Il improvise sa vie au milieu d'une foule de passants dans les rues de la capitale de l'Europe (scène de l'accident avec une moto, près de la porte de Hal).
Marcos Uzal analyse la structure éclatée du film (le suicide manqué de Marc face au tram 4, rue du Régent, en face du Palais des Beaux-Arts, avec en arrière plan le Palais de Justice). Il a interrogé Willy Kurant, directeur de la photographie du film (utilisation du téléobjectif, peu d'éclairage, pellicule contrastée), sur cet art de l'impromptu qui est la touche du réalisateur polonais. Uzal signale le côté bande dessinée à la belge lequel s'harmonise avec la musique jazzy de Krzysztof Komeda. Dans un article intitulé À quatre mains, Gilles Moëllic explique le tempo particulier du film qui ne cesse de traduire un zigzag musical très free jazz autour des stridences de la trompette de Don Cherry et du saxophone ténor de Gato Barbieri.
Jean Narboni souligne le parcours déroutant, irrégulier et discontinu de Skolimowski. Aux envolées romantiques, le cinéaste oppose sans cesse la dépense burlesque. « Ses films, écrit-il, de même que la marche, est une suite de déséquilibres sans cesse corrigés, ne racontent au fond, avec leur rythme syncopé, qu'une histoire : celle des certitudes qui vacillent, de maîtrises destituées, d'assurances qui chancellent et de stations debout guettées par la chute ». Cinéaste de l'énergie, Skoli se déplace dans un surplace permanent, il avance donc vigoureusement à reculons.
Dans Walkower (1964), Skolimowski, interprète et réalisateur du film, regarde la caméra dans des plans fixes. Il jauge le spectateur qui le regarde. Sans vraiment se consacrer au sport, un jeune homme instable participe à un tournoi de boxe amateur dans lequel il gagne sans pour autant être vainqueur (Walkower signifie, dans le monde de la boxe, une victoire par abandon).
Dans un long entretien, le cinéaste nous explique que les adaptations ne sont pas ce qu'il a réussi de mieux au cinéma : notamment pour Roi, dame, valet (1972) d'après un roman de Vladimir Nabokov. Pour ce qui est de Ferdydurke (1991) catalogué par la critique comme un europudding, et adapté d'un roman de Witold Gombrowicz, Pierre Gras le définit comme une parodie d'adaptation - au point que le casting international a l'air issu d'un dessin animé. « Tous les acteurs, écrit-il, agissent comme des pantins grimaçants, aux déplacements et aux réactions outrées qui accentuent le grotesque du film, l'éloignant nettement d'un type d'humour et de direction d'acteurs des films précédents du cinéaste tournés en Occident. » L'insuccès du film met son réalisateur K.O. Il revient à la peinture pour refuser les conventions et les compromis artistiques. Ce qui, avec de petits budgets demeure possible, ne l’est pas avec de grands budgets dominés par le système financier (souvenons-nous de Cléopâtre de Mankiewicz qui en est l'exemple parfait).
Skolimowski se tourne donc vers un art plus solitaire et réalise des toiles de 2 mètres sur 2, parfois de 6 mètres. Peintes à Malibu, en Californie, elles rencontrent un succès qui lui permet de revenir sur les plateaux du cinéma, ce sera en Pologne avec Quatre nuits avec Anna, (2008) un film sur le voyeurisme. Le personnage de Léon Okrasa s'invente une vie conjugale, avec une femme aimée à distance, une icône qu'on ne peut que voir sans oser la toucher. Un homme trop timoré pour oser exister, proche des romans de Bruno Schulz, écrivain et traducteur en polonais du Procès de Franz Kafka. Puis, le récent Essential Killing (2010) qui s'interroge notamment sur le rôle de la CIA dans la traque des terroristes sur le territoire de la Pologne.
Le livre offre des images de huit peintures commentées par Jean Durançon.


Skolimowski, signes particuliers. Collectif dirigé par Jacques Deniel, Alain Keit, Marcos Uzal, éditions Yellow Now/Côté cinéma

 

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