Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/10/2003
 

Jeux d'enfants de Yann Samuell

Résumé du film :
Tout jeune, Sophie et Julien ont défini les règles du jeu de leur relation. Ils en sont, pour le restant de leur vie, les arbitres et les victimes. Ils sont " cap " (capables) de tout, du meilleure comme du pire, sauf peut-être, de s'avouer l'essentiel, qu'ils s'aiment.



La plupart des cinéastes sont l'expression plus ou moins claire de l'esthétique de leur temps - la publicité par exemple, poussée ici à l'extrême.
Mais il en est qui ne peuvent être compris que si on se rend compte qu'ils font place dans leur art à un besoin, à une nécessité de dire, d'exprimer leur vision des choses. Autant vous le dire, ce n'est pas le cas de Yann Samuell. On sent en effet à travers ses images, non porteuses de sens, la tendance actuelle pour le superficiel. Les personnages sont pris dans un tourbillon de gags, d'anecdotes où il n'y a pas de temps mort, de respiration car s'il y en avait cela induirait un temps de réflexion pour faire le point, pour comprendre ce que l'histoire nous dit. Or l'histoire ne nous dit rien de profond. Et le manque est là.
Le film va parfois si vite qu'il fait presque du sur place.
Durant 90 minutes, on attend qu'il se passe quelque chose, qu'une transformation extérieure ou intérieure aux personnages s'opère. Mais rien ne se passe. La caméra passe sur les comédiens comme une serpillière sur des objets.
Tout n'est qu'effleurement et superficie. Et pourtant ce n'est ni faute de moyens ni de sujet.



Les deux héros portent tous les ingrédients de la mouvance actuelle : pour réussir dans la vie, soyez jeunes, beaux, dynamiques, faites des choses extraordinaires et vous serez des gens exceptionnels, hors du commun. Pour peu, on se croirait dans un " loft story ". Car, nous dit le réalisateur : tout ce qui est banal, quotidien, dans les normes est ennuyeux et ridicule (la vie de famille, le travail, le mariage, l'école, etc).
Comment s'identifier à des personnages qui refusent de grandir, qui n'en font qu'à leur tête sans se préoccuper du reste du monde, et à qui tout réussi sans faire le moindre effort ? Ils sont donc beaux, jeunes et intelligents, ils le savent et en usent à tout bout de champ pour soumettre le monde à leur volonté, leur caprice. La recette est simple ; il suffit de vouloir.
Le film ne nous permet pas de se regarder dedans et d'y voir un reflet de nous- mêmes ou du monde qui nous entoure. Et si c'est cela la tendance actuelle, il faudrait se poser de sérieuses questions sur le sens de faire un film, du cinéma. En tout cas plus que ce que ne fait le réalisateur.
On sent également l'influence de " Amélie Poulain " par le côté magique et l'influence de " Toto le héros ", par le côté surréaliste.
Mais le film est bel et bien dans la lignée de " Amélie Poulain " dans le traitement du sujet et le caractère des personnages. Depuis leur enfance, les héros manipulent des objets et des êtres par jeu. Avec le temps, ils finissent par en être prisonnier et ne peuvent plus s'en défaire et vivre comme les gens " normaux ". Ils sont dotés d'un pouvoir, mais sans idéologie.
Et alors me direz-vous ?
Quand Chaplin manipule les objets et les êtres, qu'il est le maître d'oeuvre cf. " Les Temps Modernes ", il réveille le spectateur en démontant le mécanisme d'une société en crise.
Retenons toutefois quelques points forts de ce premier long métrage de fiction : le jeu remarquable des acteurs, des idées originales de mise en scène, le plaisir de l'image avec pirouettes et cabrioles à qui mieux mieux et la virtuosité technique.

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