Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/10/2003
 

Joanna Grudzinska

Née en Pologne, ayant passé son enfance à Paris et fait des études de cinéma à Bruxelles, Joanna Grudzinska combine les influences en mélangeant l'Est à l'Ouest. Bien qu'ayant vu plein de bandes à la télévision française, c'est Casablanca de Michaël Curtiz qui est le premier film qu'elle ait vu en salles. A Paris, vers l'âge de dix ans, en compagnie de sa mère. « Ma mère était très émue par ce film qu'elle adore mais moi-même sur le moment je n'en ai pas tout de suite compris les raisons. A la fin, ils partent chacun de leur côté, et à l'époque, je me disais : oui, bof ! »

« En fait ce qui m'a toujours attiré au cinéma c'est les histoires, les personnages et donc finalement les comédiens. Ce que je préfère par-dessus tout ce sont les personnages. En littérature aussi. Je sais que ce n'est pas la tendance actuelle du court métrage mais je suis, pour ma part, très accrochée à la narration. Quelle qu'elle soit d'ailleurs. Je n'arrive pas à m'en détacher. »
Quand Joanna était adolescente, pendant que les copains et copines se précipitaient sur les « blockbusters » américains, elle allait au cinéma avec sa mère qui aimait beaucoup les films psychologiques dans les salles « art et essais ». « J'ai été un peu élevée à ce lait-là : Woody Allen et plein de films français qui passaient au Quartier Latin. »
Ragtime de Milos Forman est l'un des films qui l'a particulièrement marqué. Ainsi que les autres films de Forman comme Les Amours d'une blonde et ceux de Polanski. Surtout Le couteau dans l'eau et Cul-de-sac. Sans doute parce qu'il s'agissait de réalisateurs de l'Est qui étaient passés à l'Ouest. « J'y reconnaissais un cheminement. Celui de mes parents qui étaient des réfugiés politiques venus en France.  Je trouvais enrichissant que ces réalisateurs venant de l'Est aient réussi à garder leur personnalité. »
Très vite Joanna veut faire des films. Mais après son bac elle passe une licence de philosophie à Paris VII (Nanterre). « Parallèlement j'ai commencé à travailler avec Eyal Sivan sur un film qui s'appelle Un spécialisteIl y avait près de trois cents heures de rushes sur le procès Eichmann. Ensuite je suis entrée à L'INSAS que j'ai quitté après deux ans ».
Elle apprend le métier de scripte sur le tas avec Mischka, un long métrage de Jean-François Stévenin. Pour le réalisateur de Double messieurs, un des moteurs du film était d'être entouré de gens, qui comme lui, vivaient le film. Une expérience enrichissante qu'elle renouvelle en travaillant pour Deux de Werner Schroeter. Un film qu'il réalise avec Isabelle Huppert qui interprète le rôle de Maria, et celui de Magdalena, sa soeur jumelle.
Ensuite Joanna va se retrouver sur Des épaules solides d'Ursula Meier - dont nos internautes savent tout le bien que nous en pensons - avec lequel elle devient assez copine.
J'occupe le poste de scripte de manière relativement rare : Actuellement, la situation se renverse. J'ai besoin d'une scripte pour Alice, le prochain court métrage que je vais tourner. Autant je n'en avais pas besoin sur La roue tourne autant Alice gagnerait certainement à la présence d'une scripte au sein de l'équipe.
Juste après mon travail sur le film de Schroeter avec Isabelle Huppert dont l'interprétation du personnage m'a impressionnée je me suis dit : Comment vais-je réaliser un film ? J'ai écris un scénario et j'ai donc monté une structure avec Nicolas Guicheteau, chef opérateur et avec Bernard Bellefroid, (réalisateur). On s'est dit : « allons-y ». Dossiers, projets, dépôt à la Commission de sélection, etc ». Entre-temps Joanna a l'occasion de travailler avec des filles mères autour de l'écriture et de la photo et décide de traduire son expérience visuellement.

Ce sera La Roue tourne, réalisé dans l'urgence et autofinancé. « C'était un sujet qui me touchait énormément. Ça remontait à de vieux souvenirs. Déjà en Pologne, petite fille, je ne comprenais pas pourquoi les petites filles avaient déjà des bébés dans leurs ventres ? » Et elle se dit : « J'ai envie de raconter l'histoire d'une adolescente, d'une fille d'ici, à Bruxelles, comme il y en a plein. On a donc commencé à travailler avec Sandrine. Ça tombait bien parce que ça lui parlait très fort. On s'est dit on va le tourner en trois jours. Sans scénario ce qui m'intéressait c'était de travailler le personnage avec Sandrine et à partir de là filmer certaines choses qu'on pouvait travailler dans un délai très bref. La caractéristique première c'est cet état de vie, d'être enceinte, c'est ce que je trouvais magnifique dans ce personnage-là c'est qu'il était dans le vécu des choses et pas encore dans l'analyse.
Elle ne sait rien, alors qu'elle pense tout maîtriser. Elle subit. L'une des caractéristiques du personnage étant qu'elle vive les choses sans vouloir les analyser et pour le personnage de la mère de ne plus les vivre tout en les analysant sans que ça change quoi que ce soit. C'est un peu pour ça que le film s'appelle La Roue tourne.
On a envoyé le montage image à Cannes, à la Quinzaine des réalisateurs, et c'est là que Louis Héliot l'a vu et l'a sélectionné pour « Le Court en dit long » dont il a obtenu le premier prix ».

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