Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Février 1998
01/02/1998
 

Journée des écoles de cinéma à Media 10/10 - 1997

Fenêtre sur cours
Avec vue sur l'enseignement du cinéma en Communauté française... En novembre dernier, lors du Festival du court métrage Média 10/10, une Journée des Ecoles permit aux directeurs et à d'autres représentants des cinq écoles de cinéma de la Communauté de rappeler les spécificités de leurs établissements. Ce fut aussi le cas lors de la vingt-cinquième édition du Festival du Film de Bruxelles : l'idée était bonne. Comme le marché du Midi, ça peut paraître un peu bric et broc aux yeux de certains, mais il y a de quoi trouver chaussure à son pied.

Qui se ressemble s'assemble
Aux dires de leurs directeurs respectifs, puisque l'INSAS et l'IAD proposent des cursus et sections à peu près identiques, c'est surtout par une vision du monde que s'opposent ces deux "grandes dames". Un peu de logique ! A chaque professeur correspond une expérience de vie et un type de cinéma, explique Jean-Pierre Casimir. Or les professeurs ont le plus souvent été cooptés les uns par les autres, en raison de sensibilités ou tendances similaires... Dans le cas idéal, un étudiant choisirait telle ou telle école en raison de ses affinités avec les gens qui y sont et les films qui s'y font.
Cela dit, toutes les boutiques ne vendent pas les mêmes produits. La spécificité de l'INRACI, de l'IHECS ou de La CAMBRE repose sur des critères beaucoup plus concrets et évidents, sans en faire des seconds choix.
S'étonnant quelque peu de sa présence à cette table ronde, Olivier Van Maelderghem précise d'emblée que l'IHECS n'est pas une école de cinéma. Sans doute l'IHECS partagea-t-il avec l'INSAS et l'IAD une même vocation initiale, traduite par un même décret à l'origine de leur création, mais l'école prit rapidement une orientation très différente : celle de former non pas des réalisateurs, mais des communicateurs. Médiateur, l'Ihecsien se doit de faire preuve d'une grande culture générale, et c'est à ce titre surtout que, comme la psychologie, la sociologie ou la philosophie, le cinéma - l'histoire du cinéma - a sa place à la rue de l'Etuve.
Bien sûr, quelle que soit la section choisie, à savoir le journalisme, la publicité, les relations publiques ou l'éducation permanente, chacun pourra s'exercer sur l'équipement nécessaire à la réalisation des messages qu'il a conçus, qu'ils soient radio, photo, ou vidéo. Mais il n'y a pas de sections purement techniques, et "les critères de l'efficacité de la communication ainsi que de l'éthique priment sur la qualité technique ou artistique, jugée secondaire".

Un enseignement professionnel
Le rôle d'une école, sa raison d'être, est avant tout de créer un espace de liberté. Un espace d'exercices, à l'abri de nombre de contraintes professionnelles, où le dialogue est ouvert et la rature permise. Jean-Pierre Casimir fit fort bien de le préciser dès le début des débats. Ravi semble-t-il que cette remarque ait été faite une fois pour toutes, Godefroid Courtmans vanta l'aspect technique et le souci de professionnalisme qui caractérisent la pédagogie de l'INRACI. "Au terme d'un graduat de trois ans dans l'un ou l'autre domaine proposé (l'électronique, la photo, l'informatique ou le cinéma), les diplômés sont avant tout des techniciens", claironne-t-il... Il va de soi, d'après lui du moins, que les formations techniques sont porteuses d'emploi.
Par ce même souci de répondre au mieux à la réalité professionnelle, il expliquera et défendra avec force l'optique de polyvalence poursuivie par son Institut. "On ne forme pas à proprement parler des réalisateurs, ni des ingénieurs du son, pas plus que des monteurs... Chacun touche aux trois disciplines que sont la prise de vue, le son et le montage." Et si l'INRACI fait la part belle aux technologies nouvelles, c'est qu'elles offrent plud de débouchés. Sans être l'apanage de cette école, les stages (13 semaines) ainsi que les nombreux travaux pratiques effectués dès la première année vont dans le même sens, celui de la conscience professionnelle.
La codirectrice Cathy Declercq précisera tout de même, en y allant de son petit refrain, que "si on met en évidence le côté technique, il n'en est pas moins évident que la visualité fait appel à la culture, à une certaine éducation du regard, choses présentes aussi à l'INRACI, sous forme de cours d'histoire de l'art et d'analyse cinématographique".
L'Institut des Arts de Diffusion (IAD) et LA CAMBRE, respectivement dirigés par Marc Gillon et Guy Pirotte, ne paraissent pas déroger au principe d'une formation aussi proche que possible de la réalité professionnelle. Comme les autres, ces deux écoles fournissent aux étudiants l'encadrement matériel et humain nécessaire à la confection de ce qui sera leur carte de visite.
Un magot sous un matelas n'étant d'aucun intérêt, Marc Gillon pointe le doigt sur le D de Diffusion, et insiste sur l'importance accordée à la circulation des travaux : `Les films sont vus à l'étranger, le plus largement possible, dans des festivals. C'est dans ce but aussi que l'école organise annuellement une journée de projection publique des travaux de fin d'études."
Quelques minutes plus tard, Guy Pirotte s'empare de la remarque : "Quoique cela arrive assez rarement, certains travaux de LA CAMBRE vont bénéficier, en raison de leur sensibilité plus que de leur qualité technique, d'une diffusion très large dans les festivals, voire même à la télévision, qui achète bon nombre des productions de l'atelier."

L'univers étrange du cinéma d'animation
"Très peu d'écoles fonctionnent de cette manière, principalement parce que l'animation est un cinéma tout à fait à part" Entre autres spécificités de l'animation, tout y est pensé image par image, et non images par seconde, la question du montage se pose dès lors avant la prise de vue. Aussi apparaît-il capital que, comme un professionnel de l'animation, l'étudiant dispose seul de la maîtrise complète de son projet : dès la première année, il assure, depuis le storyboard jusqu'à la post-édition, la conception d'un film.
Un film court ! Rares sont d'ailleurs les diplômés qui travaillent un jour ou l'autre sur un projet dépassant quelques minutes. S'appuyant sur cette réalité professionnelle, "l'idée de court métrage est inculquée aux étudiants, et avec elle, l'idée d'aller à l'essentiel, d'être concis (...). Le court métrage ne doit pas être pris comme un sous-produit ni une (simple) passerelle vers le long", poursuit-il. Sans doute cette réflexion vaut-elle autant pour le cinéma traditionnel que pour l'animation : partout on affiche fenêtre sur court.

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