Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/2003
Mots-clés : rencontre,
 

Juliette Duret et Thierry Vandersanden

Le cinéma belge acclamé... à l'étranger

 Notre cinéma se porte plutôt bien... une fois passées les frontières de notre plat pays, direction les festivals (et les salles) du monde entier. De prix d'interprétation (Emilie Dequenne et Olivier Gourmet à Cannes) en marathon des tapis rouges et des présentations hors-distribution, la plupart des films bien de chez nous rencontrent ainsi beaucoup de succès chez nos voisins, mais peu d'intérêt une fois rentrés au bercail... S'il n'y a certainement pas de recette miracle pour qu'une oeuvre signée Dardenne ou Corbiau remplisse les salles obscures de Wallonie et de Flandres, certaines pistes peuvent nous aider à mieux comprendre en quoi Farinelli et Kirikou incarnent nos meilleurs ambassadeurs à l'étranger. Rencontre avec Juliette Duret de Wallonie Bruxelles Images (WBI) et Thierry Vandersanden, attaché pour la promotion cinématographique au Ministère de la Communauté française de Belgique.
« Dans le circuit des festivals internationaux, le cinéma belge jouit d'une excellente réputation, depuis des années. C'est dû au fait que notre cinéma est un cinéma d'auteur, à forte personnalité, toujours porté par une ambition artistique... Cela s'est traduit ces dernières années par d'excellentes sélections ». Thierry Vandersanden ne croit pas si bien dire : depuis plus de cinq ans, tout festival européen qui se respecte a son quota de films belges, que ce soit en compétition ou dans des programmations parallèles. Evidemment, une telle renommée ne peut qu'être bénéfique pour notre cinéma, qui en ressort gonflé à bloc : dès lors acclamé par les professionnels, il devient une valeur sûre à l'intérieur du marché cinématographique mondial, ce qui permet à nos réalisateurs de réunir plus facilement le budget nécessaire à leurs mises en scène. D'une pierre, deux coups : le cinéaste belge, attaché à ses racines et donc épris d'une certaine belgitude, cartonne à l'étranger du fait même de cette empreinte noir jaune rouge, ce qui se répercute financièrement pour son film suivant.
Pour les producteurs, c'est du pareil au même : «Le succès de nos films à l'étranger leur a permis de s'ouvrir au niveau international, et donc aux co-productions, explique Juliette Duret. Puis beaucoup d'entre eux, en raison de la taille réduite du marché belge, ont suivi des formations internationales, qui les ont mis d'emblée à cette échelle. Sans parler de la proximité du programme MEDIA basé à Bruxelles.». Dans une telle perspective, le seul inconvénient, mais de taille, consiste pour les réalisateurs (et dans une moindre mesure, les producteurs) à préserver leur identité belge - celle-là même qui les rend différents et donc intéressants. « Il faut absolument se battre pour faire du cinéma belge, insiste Thierry Vandersanden. Et il faut que cela reste un projet porté par un artiste. Le cinéma belge n'est pas une industrie : tous les films chez nous sont des exceptions, des prototypes. C'est cela qui fait leur force ».
Une force qui les propulse donc aux sommets des palmarès... mais moins dans les salles. Le voilà enfin, le talon d'Achille de notre cinéma : si certains films ont bien marché dans les circuits d'exploitation de nos pays voisins (Une liaison pornographique en Italie ou Ma vie en rose aux Etats-Unis), la plupart y passent encore plutôt inaperçu... « Un succès en festival ne garantit pas un succès en salles, constate Juliette Duret. Si notre cinéma est bien considéré dans le milieu professionnel, le commun des mortels, lui, ne le connaît pas encore». D'autant plus que notre marché est minuscule : « à peine dix films par an ! », s'exclame Thierry Vandersanden.
Pour couronner le tout, notre cinéma connaît un certain essoufflement depuis 1999, « même si l'attention est toujours la même ». A ce problème, nos deux interlocuteurs répondent par un point d'interrogation : « Que faire, maintenant ? C'est très difficile de gérer le succès d'une Palme d'Or, par exemple. Après cela, comment continuer ? C'est la grande question ». Le nouveau souffle de notre septième art pourrait venir, selon eux, « de partenaires comme Wallimage et de fonds comme le « tax Shelter», bref d'investisseurs privés ». Mais, avant tout, de nouveaux talents peuvent être puisés dans nos écoles de cinéma, toujours aussi florissantes. Essoufflé, le cinéma belge ? Un peu de patience... La saison festivalière ne fait que commencer.

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