Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
07/06/2010
 

Kabuli Kid de Barmak Akram

Le cinéma, ce fabuleux témoin
Le DVD offre, au cinéphile curieux, l'occasion de pouvoir 'rattraper' de petites perles d'images qu'il avait malencontreusement ratées lors de leur passage en salles. C'est sans doute pour de nombreux lecteurs le cas de Kabuli Kid qui avait connu, lors de sa sortie, une audience confidentielle. Pourtant, les dévoreurs de pelloches, fascinés par la diversité des cultures et des modes de vie, et dont la passion des images rencontre leur curiosité du monde auraient dû être titillés. Peut-être que, saturés, alors, par un flux incessant d'images et d'informations plus ou moins orientées, qui nous arrivait d'Afghanistan, n'y a-t-il pas eu, à ce moment, l'envie d'en rajouter une couche. Peut-être pouvait-on craindre un regard sensationnaliste et quelque peu voyeur sur un pays placé au centre des préoccupations occidentales, bref, un film davantage formaté pour nos sensibilités, mais aux antipodes des yeux et des oreilles afghanes. Ceux qui auraient laissé leurs préjugés étouffer leur curiosité auront eu, comme le plus souvent, bien tort. 

Kabuli kid

Kabuli Kid est certes, réalisé avec des capitaux français par un cinéaste afghan sorti de la FEMIS et installé en France depuis des lustres, mais procède en même temps d'une volonté authentique de témoigner de l'état de la société kaboulie à l'horizon 2010.
L'histoire, ici, passe au second plan. Il s'agit d'ailleurs d'un scénario assez convenu écrit avec la collaboration de Jean-Claude Carrière. Un chauffeur de taxi anti talibans prend, après quelques réticences, une femme en burqua et son enfant à l'arrière de son taxi. Arrivée à destination, la femme descend, oubliant opportunément bébé. Commence alors pour le chauffeur une course éperdue dans les rues pour rendre à cette mère son enfant. Mais comment retrouver une femme parmi des centaines d'autres en 'tchadri' bleu ? Voilà notre chauffeur bien embêté avec, sur les bras, un poupon dont personne ne veut : ni la police où il se présente, ni l'orphelinat. Il essaye bien de s'en débarrasser en le refilant à une femme de passage, ou en l'oubliant dans le taxi d'un collègue, mais toujours, il se retrouve avec ce fichu moutard dans les pattes. Finalement, grâce à deux Français membres d'une ONG, il réussit à faire passer une annonce à Radio Kaboul. Cinq femmes se présentent. Comment reconnaître la vraie mère ? Les fantômes du jugement de Salomon passent par toutes les têtes…
Oublions les ficelles d'un scénario assez scolaire. Par-delà ce très soutenable suspense, l'intérêt du spectateur est constamment réveillé par ce que le film lui révèle de Kaboul en 2008. D'emblée, une caméra très mobile nous plonge dans la capitale afghane, tourbillonnante de trafic. Des véhicules dans tous les sens, des règles de priorité inexistantes, où le plus audacieux et le plus fort en gueule est celui qui passe le premier. Partout, on s'apostrophe de manière fleurie (à cet égard, préférez la version originale sous-titrée à un très piètre doublage français). Il y a les montagnes en arrière-plan, le soleil d'altitude, caractéristique de ces villes des hauts plateaux d'Asie centrale, qui pâlit les couleurs, mais renforce les contrastes. La poussière, omniprésente. Les petites boutiques de bazar où l'on s'arrête pour boire le thé en compagnie de ses collègues et amis en taillant une bavette. Il y a cette petite maison où vit Khaled, notre chauffeur, en compagnie de son épouse, de son père et de ses trois filles. Tous les rapports sociaux et familiaux qui se dessinent derrière la scène. La manière dont les époux se parlent, dont Khaled parle à son père, à ses filles… Tout foisonne de petits détails qui ne peuvent être inventés, et qui font toute la richesse du film. La guerre, l'occupation, le chaos politique et social ? Certes, on les sent présents en arrière-fond (le couvre-feu, les contrôles, les difficultés d'approvisionnement…), mais ce n'est vraiment pas cela qui intéresse Barmak Akram. Il les laisse autant que possible en dehors de son film. Au contraire, Kaboul est montrée comme une ville grouillante de vie, avec les problèmes d'une cité typique de cette région, mais sans plus. Comme mû par une volonté rageuse d'obnubiler la guerre et ses conséquences. De témoigner que, malgré cela, les kaboulis continuent à vivre comme si de rien n'était. Et, au-delà des clichés qu'on nous distille quotidiennement, le portrait de cette vie quotidienne est infiniment plus nourrissant.

Le DVD est édité par Mélimédias avec la collaboration d'Imagine. Il offre le film en version originale sous titrée français ou néerlandais, ou encore en version française (déconseillée). Le son est du Dolby 2.0 et le format 1.85:1, convient à toutes les télés.

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