Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/1997
 

Kathleen de Béthune Le Centre de l'Audiovisuel à Bruxelles

Fondé en 1978 à l'initiative d'Henri Storck, le Centre de l'Audiovisuel à Bruxelles fut le premier atelier créé avec l'aide du Département de la Communauté française. Dans un an, le CBA soufflera les bougies de son vingtième anniversaire, le plus bel âge de la vie. À la veille de cet événement, nous avons rencontré Kathleen de Béthune pour faire le point sur l'évolution et l'avenir du CBA.
Kathleen de Béthune commence ses études de scripte/monteuse à l'IAD et les termine à l'INSAS où Suzanne Baron lui apprend l'abc du montage. Scripte à la RTBF, elle participe avec Maurice Beerblock à une série consacrée aux cinéastes de Belgique (Storck, de Heusch, Degelin). En 1978, lors de la création du CBA (le Centre audiovisuel de Bruxelles), elle prend la tête de cet atelier de production qui depuis ses débuts est resté fidèle à un ton qui marie le social et l'humain et qu'illustrent des réalisateurs comme Manu Bonmariage, Thierry Michel ou Miel Van Hoogenbemt.

Kathleen de Béthune : Henri Storck a eu une intuition extraordinaire il y a vingt ans qui était fondée sur les capacités artistiques, techniques, financières de ce que l'on pouvait faire en Belgique. Il s'est dit qu'il fallait faire renaître, en parallèle avec le cinéma de fiction, le documentaire qui, pour lui, n'avait jamais cessé d'exister à travers les cinéastes de sa génération. Auparavant, le cinéma de fiction primait sur le documentaire qui était vu comme quelque chose d'assez embêtant. Il n'existait pas en tant que mouvement pas plus dans l'exploitation en salle qu'à la télévision. Storck a voulu et a réussi à donner un coup de pouce à la création documentaire chez nous. Maintenant, avec le recul, on se rend compte qu'il a eu raison, car il y a une richesse créative autour du documentaire qui est tout à fait étonnante. Le documentaire a été suivi génération après génération, il n'a pas été mis aux oubliettesMatamata et Pilipili de Tristan Bourard .
Dans les années 80, il y a eu un mouvement autour du documentaire dans les pays européens. Les financements, la télévision, la diffusion ont été redécouverts et sont devenus une alternative à une programmation de films de fiction européens qui s'essoufflait. La fiction étant, pour une large part, aux mains des Américains, j'estime que le seul territoire qui nous reste maintenant est le documentaire. C'est ce qu'ont compris une série de jeunes cinéastes qui se sont mis à travailler dans le documentaire et les financements se sont développés petit à petit. Comme on est un petit pays, à faible capacité industrielle (on a gardé notre structure artisanale), on n'a pas de structure qui nous permette de fabriquer suffisamment de longs métrages de fiction pour alimenter les salles. Mais, et c'est heureux, ce n'est pas l'économie qui dicte la production, ce sont les gens qui ont du talent et des idées. Le vrai secret du CBA, c'est le suivi des générations. On suit les réalisateurs, films après films. On ne laisse pas tomber les gens cinq ans après avoir produit un de leurs films sous prétexte qu'il n'y a plus d'argent ou qu'aucune structure n'existe! Sinon tout s'effondre. Il y a aussi un autre aspect qui me paraît important, c'est le fait pour les réalisateurs de pouvoir confronter leur travail à celui des autres en accompagnant leur film dans les festivals où il est sélectionné, c'est la seule façon d'évoluer. Il faut pousser les gens à faire toujours mieux pour ne pas tomber dans la médiocrité. Les rencontres, ici au CBA, sont tout aussi importantes, les plus jeunes peuvent confronter leurs projets avec le travail de leurs aînés. Ils se parlent entre eux, échangent des points de vues, affinent leurs projets.
Evolution de la diffusion

Dès le départ, le CBA a fait le choix d'insister sur la diffusion. Celle-ci implique une diversité de styles. Dans les années 80, le documentaire avait un côté National Geographic. Aujourd'hui on est arrivé à une formidable diversification des genres et, tant au niveau de la production que de la diffusion et du financement, il existe les grands documents (regards sur l'histoire, sur des problèmes politiques); les films artistiques (portraits d'acteurs, de peintres, d'écrivains); les films de danse (un genre tout à fait à part); les films plus pédagogiques; les documentaires de création, d'auteurs, proches de la fiction. Cette diversification joue aussi bien au niveau de la création qu'au niveau de la diffusion. Les cinéastes et les producteurs ont donc appris à être plus précis dans leur façon de présenter un projet. Ils se demandent dès le départ à qui ils s'adressent et à qui ils ont à faire.Il y a eu une poussée du documentaire vers le milieu des années 80 puis une baisse vers 1994 et pour l'instant à nouveau une reprise. Peut-être est-ce à cause des quotas imposés par l'Union européenne mais aussi parce que je pense que les goûts de la société ont changé. On se trouve parfois devant des urgences de l'actualité qui font que les gens attendent des compléments par rapport à l'actualité immédiate. Notre espoir est que les cinéastes documentaires passent à la fiction à partir de la réalité. Comme les frères Dardenne qui ont commencé leur carrière en réalisant des documentaires. Les budgets pour la fiction ont aussi subi un changement : il y a quatre ans, on octroyait 100 millions pour un film à petit budget, maintenant on ne parle plus que de 35 millions.

Télévision et documentaire

Les producteurs et les réalisateurs essayent de s'adapter à ce que les télévisions pourraient accepter. Ceux qui arrivent avec des projets trop farfelus se font éjecter et ne comprennent pas que la demande du public est un facteur crucial pour les télés. Le CBA n'a jamais voulu, quant à lui, se substituer à la télévision. Ici on apprend aux jeunes à devenir curieux, à regarder la télévision, le cinéma, à s'intéresser à ce qui les entoure. On travaille en vidéo, en super-16 et on termine en montage virtuel. Le matériel ne cesse d'évoluer, il faut essayer de suivre mais c'est passionnant. Certains festivals privilégient encore le film tout comme certaines salles commerciales, on est donc encore un petit peu en retard mais tout ça va s'estomper assez vite. Le CBA privilégie une totale liberté à côté d'un système qui est bien construit. On prête le matériel avec un minimum de garanties et on pousse à la débrouillardise. Cette politique est appliquée depuis deux ou trois ans et cela marche bien. Nous sommes aussi entièrement eacute;quipés en ce qui concerne le montage (16, super-16, vidéo, béta, virtuel).

Part financière du CBA

Le CBA se charge de 20 à 25 % des parts. L'atelier suit toute la production d'un bout à l'autre y compris le montage et la promotion. Avec le WIP, il y a un partage de l'expérience sur le plan de la diffusion et on se retrouve avec des films de chacun aux festivals, donc on essaie de collaborer et de s'aider.

Projets en cours du CBA

Nous venons de terminer Mon frère et ma soeur vendus pour quelques lires de Basil Sallustio, un film enquête sur les filières d'adoption d'enfants italiens par des familles américaines après la guerre 40-45, et Matamata et Pilipili de Tristan Bourlard : ce sont les Laurel et Hardy africains, des petits films éducatifs vus avec nos yeux d'aujourd'hui. La Récréation de l'ancêtre de Dominique Loreau, l'histoire d'une voiture qui est achetée en Europe ici et qui termine son parcours en sculpture en Afrique, est pratiquement terminé, à l'exception de quelques séquences africaines. Enfin, en finition, nous avons Al-Quantara ou les vacances d'éxil de Frédéric Fichefet, Un jour mon prince viendra de Marta Bergman et Les Sans-visage du Chiapas de Thierry Zéno.

Lidia Gervasi et Jean-Michel Vlaeminckx
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