Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/01/1997
Mots-clés : atelier de production
 

Kathy Welkenhuyzen - Producteur à l'Atelier des Jeunes Cinéastes

Un pari capital

Lieu de rencontres et d'idées, l'Atelier des Jeunes Cinéastes existe depuis plus de vingt ans. Son catalogue est riche de près de soixante films. Grâce à une structure souple et légère,l'AJC n'a cessé d'initier et de produire les projets de réalisateurs aussi différents que Boris Lehman, Alain Berliner, Michel Caulea, Harry Cleven, Hubert Toint et bien d'autres. Après le départ d'Anouchka Dewarichet, Katty Welkenhuyzen en est devenue le producteur exécutif. Nous l'avons interrogée sur Capital court et les ateliers de scénario et de comédiens.

Kathy Welkenhuyzen : Le projet Capital court est avant tout un nouveau mode de production en matière de courts métrages, qui veut apporter une alternative face aux problèmes posés par les limites financières de la Communauté Française.
Il faut savoir qu'aujourd'hui un producteur peut espérer recevoir pour la production d'un court métrage un subside de maximum un million sept et qu'avec cette somme, dans des conditions de production normales (en payant les techniciens), il lui est impossible de produire un film, même très simple. 
Il faut ajouter à cela qu'il y a trop de projets présentés pour les possibilités de financement dont dispose l'institution et que les projets retenus sont souvent ceux de gens qui ont déjà travaillé dans le métier, des anciens assistants, des machinistes, des gens qui connaissent le plateau. Vous comprenez dans quelle situation catastrophique se trouvent les jeunes réalisateurs.
Or, le but de l'AJC est de révéler ces futurs jeunes réalisateurs, ceux qui sortent des écoles mais aussi le garagiste du coin, s'il a du talent. Et nous constatons que leurs projets passent plus difficilement en commission.
Avant son départ de l'AJC, Anouchka Dewarichet avait commencé à mettre en forme un système de production, Capital court, qui ne passait plus par la filière de la commission. Cependant, si la démarche était claire, la question du financement restait entière.
J'ai repris son travail et, au sein du nouveau conseil d'administration, nous avons imaginé qu'en pariant sur l'urgence et la solidarité, nous pourrions produire des films avec un budget de 500.000 francs, chacun. Pour rendre viable un tel projet, fondé sur la gratuité des services et du matériel, nous nous sommes dit, - on peut rêver - : " Allons trouver les sponsors privés, les fournisseurs et les subsides publics et demandons leurs de nous aider. "Kathy Welkenhuyzen

Capital Court
Dans un premier temps, Arnaud Demuynck, notre président, a essayé de convaincre des sponsors privés, en vain.

Gratuité et solidarité
Parallèlement, je tâtais le terrain du côté des fournisseurs. J'ai été les trouver un par un pour leur demander de participer à notre projet en nous prêtant le matériel dont nous avions besoin et tous, excepté les laboratoires, ont accepté de travailler gratuitement et ce, pour tout type de matériel ou de service.
Avec cette aide et un fonds de roulement quel'AJC avait mis de côté pour amorcer ce type de projet, nous avons produit Terre natale, le film de Stéphane Vuillet. Tout le monde a travaillé gratuitement sur ce film et les fournisseurs nous ont soutenus d'un bout à l'autre de la production. Je n'ai jamais vu une équipe soudée comme celle-là. Tout le monde oeuvrait pour une même cause dans le respect de chacun pour tous.
Cette solidarité est fondamentale. Elle est à la base de mon idée de parrainage. Pour chaque profession, un parrain, un professionnel, est prévu pour soutenir et complèter bénévolement par son expérience le travail d'un jeune technicien, avant et pendant le tournage.
De même, tous les droits du réalisateur (dont je rappelle qu'il n'est pas payé) sont versés au fonds de Capital court, de façon à alimenter le film suivant. Ce qui renforce encore cette solidarité.

Nouveautés
Sur le plan de la diffusion, nous avons un accord avec Canal + et la RTBF qui achètent d'office tous les films Capital court. Ainsi les films sont vus, même si les rentrées d'argent sont minimes.
Avant,l'AJC ciblait sa diffusion essentiellement sur les festivals et les télévisions. Aujourd'hui, nous avons créé une cellule de distribution afin que les salles de cinéma redeviennent un axe important de notre diffusion. Actuellement, cinq de nos films tournent en salle.
Une autre nouveauté, liée directement au projet Capital court, a été la transformation de deux ateliers : l'un pour le scénario et l'autre pour les comédiens. Précisons dès le départ que pour ces ateliers nous ne recevons en ce moment aucun subside.

L'atelier scénario
L'écriture d'un scénario est difficile. Entre la bonne idée, le chouette point de départ et un bon scénario, bien ficelé, il y a du travail.Animé par Inès Rabadan, Yves Cantraine et Stéphane Vuillet notre atelier scénario vise à préciser et faciliter ce travail. Il a lieu chaque jeudi soir àl'AJC et c'est gratuit évidemment. Tout le monde a la parole. Il ne s'agit pas de donner des leçons de scénarisation mais bien d'organiser des discussions à partir de scénarios à différents stades d'élaboration. Des animateurs sont là non pour diriger mais pour soutenir les projets, indiquer des directions, poser des problèmes, chercher des solutions, etc. Chaque scénario est lu par tout le monde et chacun commente les scénarios des autres. C'est un travail collectif et de réciprocité. Après une ou deux séances, les scénarios sont souvent bien mieux structurés mais les dialogues posent généralement un problème.
Et c'est l'une des raisons de la création de l'atelier comédien : faire travailler les réalisateurs avec des comédiens pour qu'ils découvrent la dimension pratique de leur problème d'écriture.

L'atelier comédiens
En gros, l'atelier comédiens veut faciliter le dialogue entre les comédiens et les réalisateurs et faire en sorte que naissent au cours de cette rencontre un langage commun et une complicité de travail.
Il a lieu une fois par mois, le lundi soir, à l'école de Saint-Gilles dont les locaux sont mis gracieusement à notre disposition par les pouvoirs communaux. Et, pour changer, c'est gratuit.
Pour cet atelier, nous avons eu jusqu'à trente comédiens et quinze réalisateurs inscrits pour une séance. C'est dire le nombre de gens concernés par cette proposition.
L'atelier est parrainé par Jean-Yves Compère, Bernard Yerlès, Angelo Bison (comédiens) et Denis Delcampe, Jacques Decrop et Frédéric Dumont (réalisateurs). Son but n'est pas de réaliser un produit fini mais bien d'expérimenter et de découvrir les multiples problèmes et questions que pose la direction d'acteur. C'est vraiment du travail d'atelier. Et si les gens sortent des ateliers en étant parvenu à dialoguer, pour nous, c'est gagné.
Voilà plus ou moins les nouvelles orientations del'AJC. Cela ne veut pas dire que nous avons abandonné le travail que nous faisions par le passé en tant que producteur. Nous présentons toujours des projets en commission et nous savons que si Capital court se développe, d'autres démarches auprès des instances publiques devront être envisagées.

commentaires propulsé par Disqus