Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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01/05/2008
 

L’Amérique de Michael Moore

L’Inavouable vérité
pochette michael mooreLes films de Michael Moore – malgré sa Palme d’Or à Cannes avec Farhenheit 9/11 – divisent les cinéphiles : réalisation trop à l’arrache, déception par la façon de traiter certains faits établis. D’où l’intérêt de pouvoir regarder des sujets plus courts (pas plus de dix minutes) pour la télévision, un genre dans lequel Moore excelle. Les quatre DVD de l’Amérique de Michael Moore (en anglais The Awful Truth, traduction : L’inavouable vérité) représentent deux saisons pour une série télé sur la chaîne câblée américaine, Bravo (réseau NBC). Accablé par les infos (peut-on parler d’infos ?) de grandes chaînes nationales américaines, notre journaliste-écrivain et humoriste crée « la république démocratique du peuple de la télévision ». 

Mais aussi accablé par son modèle de la violence (un modèle qu’elle exporte dans le monde entier) au point que les adolescents et même les enfants se croient, armes à la main, dans un western permanent.

Le sujet de Teen Sniper School (école du tir pour adolescents) destiné à son émission L’inavouable vérité, filmée pendant le drame de Colombine, Colorado va lui servir pour réaliser Bowling for Colombine (César et Oscar en 2003).

Un air débonnaire et jovial, gros, hirsute, en jean-baskets et casquette de baseball (qui change de couleur d’un épisode à l’autre, on n’est pas dans une série télé hollywoodienne), Michael Moore présente ses 24 émissions avec un humour dévastateur. Il harcèle les patrons des multinationales qui licencient leurs employés pour obtenir un gain supplémentaire pour leur conseil d’administration, chantres de la délocalisation (money, money toujours plus rapidement, ben voyons), leur stratégie de leur exploitation forcenée de la nature et des hommes (pressez le citron, les loulous, afin d’obtenir le rêve d’un bien-être auprès des pauvres sans un rond) mais rappelle aussi sans cesse l’absence, pour la majorité de la population américaine, de la couverture sociale.
L’un des épisodes les plus intéressants et satiriques de Michael Moore, qui a horreur des crimes racistes met en scène un happening de rue. Des Afro-américains échangent leurs portefeuilles noirs contre des portefeuilles orange fluo devant des flics médusés. Moore ayant remarqué qu’un noir avait été tué parce qu’il sortait de sa poche un portefeuille que les policiers avaient confondu avec un revolver. « Depuis quelque temps, dès qu’un policier voit un noir, c’est comme s’il voyait un monstre » (M.M.).
 
Kenneth Star, le procureur qui a failli obliger Bill Clinton à démissionner de la présidence des Etats-Unis (suite à la pipe de Monica Lewinski, célèbre pour l’éternité) amuse beaucoup Michael Moore. Il demande à sa troupe de se déguiser en migrants puritains débarqués du May Flower. Ces derniers courent autour de la Maison Blanche, devant une foule ébahie ou amusée, pour dénoncer les écrits du procureur Starck sur Monica Lewinski comme une incitation à la débauche. Plus encore, nous entendons le point de vue ahurissant de l’éditrice qui a poussée la meilleure amie de Monica Lewinsky à la dénoncer au procureur Stark. Moore poursuit à son tour cette éditrice, reine de la com' people, avec une caméra de surveillance qui filme jour et nuit la fenêtre de son appartement.
Une mutuelle refuse de rembourser à l’un de ses membres, père de famille, une greffe du pancréas qui le voue à une mort prématurée. Moore invite les dirigeants de cette société à participer à l’enterrement de l’assuré dont ils ont refusé de sauver la vie afin de ne pas perdre le moindre dollar. Pour ne pas écorner leur image publique, l’assurance finira par payer ce qu’elle doit à son assuré.
Autre séquence ébouriffante, la découverte d’une vaste portion du territoire américain carrément privatisée. L’accès est interdit aux non-résidents. Moore surgit avec des jeunes de la banlieue New-yorkaise, et cherche à entrer dans le territoire interdit dont l’entrée est surveillée par des vigiles. La tête des résidents nantis, plein de haine est d’une incroyable sauvagerie. Ils sont prêts à sortir leurs fusils et à s’en servir (on se croirait dans un western de Ford ou de Hawks avec des propriétaires forcenés défendant, fusil à la main, le pâturage de leurs vaches).
Le monopole idéologique que les médias américains ne cessent de proclamer quotidiennement est ridiculisé par Michael Moore. Il ne les attaque pas frontalement, mais offre une façon différente de découvrir le système sur un mode pragmatique et spectaculaire.

L’Amérique de Michael Moore, l’intégrale de l’Inavouable vérité, coffret de 4 DVD, diffusion Mélimedias.

 
 
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