Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : thriller, France,
 

L'Amour est un crime parfait de Jean-Marie et Arnaud Larrieu

Un mystère sous la neige 

En adaptant le roman Incidences de Philippe Djian (2010), les frère Larrieu s'éloignent des utopies qu'il avaient célébrées avec bonheur (Peindre ou faire l'amour) ou avec désastre (Les derniers jours du monde) pour se lancer dans le suspense, à flanc de montagne. Professeur de littérature à l'université de Lausanne à la réputation de séducteur parfaitement justifiée, Marc se trouve pris dans un étrange engrenage lorsque l'une de ses étudiantes disparaît mystérieusement. 

scène du film L'amour est un crime parfaitLe premier plan, phares dans la nuit le long d'une route sinueuse, distille d'emblée une atmosphère fantastique, sublimée par la musique envoûtante de Caravaggio. Marc ramène chez lui Barbara, l'une de ses élèves. Le lendemain, sa sœur Marianne avec qui il partage le même chalet isolé, l'interroge sur son aventure mais se heurte à sa dénégation. Cette séquence séminale annonce l'avenir du film : ellipses narratives, troubles de la personnalité, passages entre monde réel et univers imaginaire. 

Inlassables observateurs des paysages montagneux (ils sont originaires des Pyrénées), les frères Larrieu déconcertent avec cette plongée dans les méandres d'un esprit « somnambule ». Si l'on se laisse volontiers transporter par l'énigme de cet homme déboussolé incarné par un Mathieu Amalric sidérant, drôle, effrayant, maladroit ou cynique, le récit perd de sa force en se focalisant sur la relation amoureuse naissante entre Marc et Anna, la belle-mère de la fille disparue. Sans nul doute que l'interprétation fade de Maïwenn, espèce d'ersatz de l'Isabelle Adjani des premiers temps, ramène le film sur des rives bien plus balisées et bien moins passionnantes. De même, les interventions comiques de l'insupportable Richard, rival professionnel et amoureux (il est responsable de la section littéraire que Marc convoitait, et il courtise sa sœur avec qui il entretient une relation ambiguë), certes conduites par un Denis Podalydès convaincant, s'avèrent assez parasitantes. 

Lost (Low)way 

scène du film l'amour est crime parfaitLe bâtiment universitaire, tout en dénivelés arrondis, souples et lumineux où l'on semble marcher en apesanteur, révèle l'engourdissement psychique dans lequel navigue le personnage principal. Inconscient de ses actes comme si un être agissait à sa place, Marc est également victime de son pouvoir de séduction, attirant les filles comme un aimant fatal (il n'y peut rien déclare-t-il au policier venu mener l'enquête). Preuve en est avec l'épisode aussi effrayant que désopilant où une Sara Forestier prédatrice affamée se jette sur lui, qui n'a plus d'autres choix que l'abdication. 

Ce trouble mental n'est pas sans rappeler la fugue « psychogénique » développée dans Lost Highway de David Lynch - auquel le film fait parfois explicitement référence (Karin Viard, peignoir en satin entrouvert et frange, réminiscence de Patricia Arquette) – où le personnage se dissocie de lui-même au cours d'épisodes amnésiques (le somnambulisme dont il parle). De même, la route symbolise des passages d'une réalité (concrète, l'université, l'enquête) à l'autre (abstraite, la montagne, le gouffre). Dommage que les frères hésitent à entrer de plain-pied dans l'esprit tortueux de Marc et qu'ils ne s'intéressent pas davantage à sa relation trouble avec sa sœur (exceptionnelle Karin Viard). Le récit perd du coup en étrangeté et en ambitions et se retrouve, au final, un peu trop policé.

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