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L'école de la vie, de Roger Beeckmans

À l'école, j'ai eu honte d'être fils de plombier, puis j'ai eu honte d'avoir eu honte.

 

L'école de la vie est le dernier volet du triptyque documentaire de Roger Beeckmans consacré aux écoles à « discrimination positive », ce que certains appellent trop communément des filières poubelles. Après avoir immiscé sa caméra dans les classes de l'enseignement primaire dans Une leçon de tolérance, puis dans un lycée et un institut technique du secondaire avec Une école en terre d'accueil, il témoigne cette fois de cette étape finale de l'apprentissage scolaire que sont les centres de formation professionnelle en alternance pour ces jeunes souvent issus de l'immigration, arrivés là par défaut ou conviction. 

photo du documentaire, Ecole de la vie de roger BeeckmansLe réalisateur et son preneur de son se sont installés dans les classes, ateliers, et autres chantiers pour capter et tacher de saisir, très sobrement et avec humilité, ce qui se passe en ces lieux si peu considérés et qui forment pourtant les indispensables artisans de demain.

La volonté affichée de Roger Beeckmans, homme d'expérience et humaniste convaincu, est de créer, lors de ce film et tout au long de cette trilogie, un liant réel avec celles et ceux qu'il filme, de s'approcher au plus près d'une expression brute et première du sujet. En choisissant de laisser ces apprentis s'exprimer plutôt que de chercher à parler pour eux, en abandonnant tout jugement de valeur pour se mettre au niveau de ceux et celles que l'on tente de comprendre, L'école de la vie illustre sans artifice une étape-charnière, là où se rencontrent, se confrontent puis se dissolvent l'un dans l'autre les mondes de l'enfance et de l'âge adulte. Ainsi, la caméra passe successivement des salles de classe où se fait, bon gré mal gré, l'apprentissage théorique, et où se pratiquent l'écoute et la pédagogie, aux lieux de travail, monde de sobre rigueur professionnelle.

Si le film est un plaidoyer en faveur de ces institutions mésestimées, il effleure également d'autres thèmes, de ceux qui font la richesse et la complexité que peut contenir un tel creuset de jeunesse, de personnalités et de cultures diverses où se mêlent aspirations, nonchalance, sens du devoir et poids des traditions. Cependant, si le parti pris de rester entre les murs des institutions scolaires et professionnelles est cohérent, et tenu à une petite exception près, la volonté du réalisateur d'inscrire son propos dans une dimension sociale plus large est partiellement mise à mal par le cadre qu'il s'impose. Des questions telles que l'intégration ou les difficultés familiales ne trouvent, dans les discours des jeunes adultes, que des bribes de réponses.

Plus pudiques que leurs benjamins à la verve puérile, comme déjà normés par un système de spécialisations, les protagonistes tiennent, face caméra, un discours au champ lexical du devoir, de la capacité. Leurs termes dessinent alors une ontologie nouvelle d'où finit de s'échapper l'insouciance de l'enfance au profit d'un pragmatisme qui, bien que parfois empreint de solidarité et de valeurs propres à leurs origines et éducations, voit poindre la transformation qui fait que l'enfant, sous la tutelle d'un monde et de ses représentants légaux et laborieux, se transforme en homme, en femme et en travailleur.

Sylvain Gressier
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