Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/10/2005
Mots-clés : critique de cinéma,
 

L’Enfer de Danis Tanovic

Le Festival du Film Francophone de Namur a ouvert avec la projection en avant première en Belgique du second long métrage du réalisateur bosniaque, et désormais belge, Danis Tanovic.
Ecrit par le scénariste de Krzysztof Kieslowski, Krzysztof Piesiewicz avec le réalisateur lui-même, L'Enfer est le premier épisode d'une trilogie dont Le Paradis a déjà été adapté à l'écran par Tom Tykwer (Heaven, 2001). Alors qu'il s'était intéressé au moment de tourner son premier film au Purgatoire, Tanovic, présent à la cérémonie d'ouverture du Festival avec Marie Gillain et Marion Hänsel, explique, non sans humour : "Je me suis ensuite marié, j'ai eu trois enfants. Mes préoccupations ont changés. J'ai quitté l'univers de la guerre pour l'enfer". Et son film enfourche un virage : abandonnant le monde burlesque et absurde des frères ennemis de No Man's Land, il observe à la loupe les déchirures et les obsessions de trois femmes.
L'Enfer mêle la vie de trois sœurs qui ne se parlent plus et traversent chacune de leur côté un désert affectif et une solitude sans pareille. Tandis que Sophie (Emmanuelle Béart, au sommet d'elle-même) hante un appartement rouge sang, tourmentée par la jalousie que lui inspire son mari (Jacques Gamblin), Anne à l'écharpe verte (Marie Gillain) tente de reconquérir son amant (Jacques Perrin) marié ailleurs. Enfin, Céline (Karin Viard), pâle, aux yeux bleus, timide et seule, s'occupe de leur mère (Carole Bouquet), handicapée et réduite au silence. Le destin de ces trois jeunes femmes se noue autour d'un instant du passé que l'arrivée d'un jeune homme (Guillaume Canet) finira par mettre en lumière. Fait de longs panoramiques qui suivent ces actrices et de gros plans qui scrutent leurs émotions, L'Enfer alterne des séquences oniriques avec des plans d'ensembles où se perdent les personnages, quand ils ne sont pas cloués sur les fonds colorés d'une profondeur de champ bouchée. Sur ce scénario où se retrouvent les thèmes chers au réalisateur polonais (la culpabilité et le pardon, le poids du passé et la désertion du sens, la solitude et l'incommunicabilité), Tanovic tisse les trois actes d'un opéra baroque, luxuriant et cruel. Et s'il frôle parfois l'emphase, c'est avec maestria et lyrisme qu'il endosse pleinement l'héritage de Kieslowski, à qui le film est finalement dédié.


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