Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
12/09/2007
 

L'Eternité et un jour & Le Regard d'Ulysse de Théo Angelopoulos

Voyage, exil et nostalgie, trois mots pour définir le cinéma de Théo Angelopoulos.

l'Eternité et un jour le regard d'Ulysse de  théo Angelopoulos

 

Le voyage, chez Angelopoulos, c'est parfois l'errance, le déplacement ou le retour aux origines. Ce n'est jamais la découverte d'un monde mais toujours une volonté de partir à la recherche de quelque chose ou de quelqu'un.

Angelopoulos, cinéaste grec des exilés de l'Asie mineure; ses films parlent du schisme qui déchira le monde balkanique, de ses massacres, de ses exils, des douleurs que les générations portent encore aujourd'hui, après plus d'un siècle.

Angelopoulos, nostalgique des Balkans où les différentes communautés se côtoyaient; Serbes, Croates, Bosniaques, Macédoniens, Albanais, Valaques, Grecs, Turcs, dans leurs traditions culturelles et religieuses.

Angelopoulos, créateur de l'image d'une Grèce distante, froide, éthérée, où même la mer est grise.
L'Eternité et un jour, fable sur les mots ; temps, durée, demain :

« Le temps c'est un enfant qui joue aux osselets, au bord de la mer. »
«Combien de temps dure demain ? L'éternité et un jour. »

Film en deux parties; l'éternité : la première partie du film, avec la présence des enfants albanais, probablement issus de familles greco-albanaises, clandestins pourchassés par la police, vendus à des familles nanties. La rencontre de ce vieil homme, Alexandre, qui cherche à placer son chien avant son entrée à l'hôpital, et cet enfant qui cherche à survivre dans les rues hostiles de cette Grèce sans cœur et l'obsession d'Alexandre de ramener cet enfant en Albanie, chez sa grand-mère.

Alexandre arrive à ses fins; ils atteignent la frontière; enfin l'enfant va pouvoir retrouver son « berceau ». Mais l'enfant refuse.

Et là commence la deuxième partie, « ... et un jour »; le retour en ville, avec des couleurs plus chaudes, une atmosphère plus détendue, l'enfant qui vend des mots désuets au poète ; les adieux sereins avec l'aujourd'hui, pour se diriger vers le demain.

Angelopoulos réalise une œuvre, pas un ou des films. Il n'hésite pas à reprendre des scènes déjà vues dans ses autres films, à donner des réponses aux questions posées ailleurs, à créer une uniformité dans l'image (dirigée par Yorgos Arvanitis), la musique (composée par Eleni Karaindrou).
Palme d'Or en 1998.

Le Regard d'Ulysse met en scène un voyage, un exil et une nostalgie.

Ulysse (Harvey Keitel) cherche à retrouver la paix intérieure, et comme dans l'Odyssée, toujours empêché par les caprices des dieux ou des hommes, il traverse les Balkans; partant de Florina, petite ville de la Macédoine grecque, pour passer par l'Albanie, la Roumanie, la Bulgarie et terminer son périple, tragiquement, à Sarajevo.

Sur les pas des frères Manakis, qui, à l'instar des frères Lumière, apportèrent le cinéma aux Balkans, le réalisateur américain A. part à la recherche des premières bobines, égarées, filmées par eux. Il part à la quête du regard de l'innocence; le premier regard vierge de tout a priori, porté sur le monde, pour le graver pour l'éternité.

Bonus :
Le court métrage de 23', datant de 1968, intitulé L'Emission (I Ekpompi), est un tableau vivant de la société athénienne de la fin des années 60, s'inscrivant dans la contestation intellectuelle de la jeunesse universitaire, désavouant les modèles moraux imposés par la dictacture des Colonels et de l'Eglise orthodoxe.

Les débuts d'Angelopoulos dans le cinéma ont un ton très différent de ses créations futures, où le symbolisme onirique prend de l'ampleur. L'engagement de l'homme de gauche est déjà bien présent dans I Ekpompi, subtilement, utilisant la parabole (l'homme idéal est le fonctionnaire moyen, célibataire, insipide, inodore et incolore, qui se fait rouler dans la farine par les media prêts à tout pour vendre du vide), n'oublions pas que la Grèce vivait ses heures noires de dictature.

Un coffret à voir, pour le plaisir des yeux et de l'ouïe, où la musique habille les images, à la manière d'un écrin de bijou.

L'Eternité et un jour. Le Regard d'Ulysse. Double DVD. Ed. arte VIDEO. Distribué par Twin Pics.

 

 

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