Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
13/02/2007
Mots-clés : critique de cinéma,
 

L'Evasion d'Arnaud Demuynck

Danser sa vie 

Une prison, sinistre. Des bruits de ferraille qui grince, de portes qui claquent, de pas lourds, des cris d'hommes qu'on torture. Dans sa cellule, un prisonnier se morfond et trompe sa solitude en jouant avec un gros oiseau qui picore quelques miettes de l'autre côté de la fenêtre à barreaux, unique point de lumière de la geôle. Soudain, la porte s'ouvre. Des gardes entrent et tiennent l'homme en respect au bout de leurs fusils pendant qu'on traîne à l'intérieur un corps pantelant, visiblement torturé. Un jour, ce sera le tour de l'homme prisonnier d'être emmené vers la sinistre salle d'où s'échappent d'insoutenables hurlements. Mais ce jour-là, l'homme parvient à bousculer ses gardiens et à s'enfuir jusque dans la cour de la prison. Là, encerclé par les fusils prêts à tirer, il se met à danser, et sa danse est un hymne à la vie et à la liberté, un cri de révolte contre l'injustice, un pied de nez à ses bourreaux lorsqu'il les regarde avec le visage grimaçant de la mort, une mort qui le prend comme une délivrance.
Pour le troisième volet de sa trilogie, Arnaud Demuynck a choisi un graphisme fait d'aplats de noir sur fond blanc. Le contraste très dur des ombres et des lumières décuple la force dramatique du récit et la puissance d'émotion de la danse désespérée du condamné. Cela fait de L’Evasion le plus violent, le plus brut et peut-être le plus prenant des trois films de la trilogie. Si l’on n’y retrouve pas la même finesse de touche que dans les deux premiers, l’utilisation du graphisme est particulièrement réussie, et la mise en scène rend avec expressivité la position de la victime face à ses bourreaux. 

Face aux fusils, l'homme est on ne peut plus vulnérable, mais son défi désespéré le rend libre, d’une liberté que seule la mort pourra lui offrir. Pour ne pas oublier que dans le monde, jour après jour, des hommes vivent au quotidien le cauchemar de l’évadé et combien précieuse est notre précaire liberté.

 

 

 

 

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