Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/10/2000
 

L'Homme qui en savait trop

Costume sombre, chemise sombre, cravate sombre, Nike aux lacets défaits, Victor (Stéphane Guerin-Tillie) appuyé contre la portière du break, affiche un air soumis : "Tu vois, ça aussi, c'est la base du métier ". L'envol soudain d'un pigeon dans un fracas d'ailes battantes fait grimacer Olivier Hespel, l'ingénieur du son. " Et Marchand le sait très bien " rétorque Francis en sortant du champ de la caméra.
" Coupez ! On va faire un pick-up à partir de " Marchand le sait très bien, c'est pour ça qu'on y va tout de suite". dit d'une voix posée Jean-Paul Lielienfeld, le réalisateur, pantalon cargo clair et polo noir. Le soleil est filtré par un large vélum tendu au-dessus de l'équipe de tournage. Philippe Guilbert, le chef opérateur du film (à qui l'on doit l'image des Convoyeurs attendent), chemise orange, jeans délavés (le dernier fan des blue jeans sur les plateaux de cinéma qui ont été envahis par les pantalons cargos à poches multiples), les lunettes noires dans les cheveux, quitte l'œilleton de la Moviecam posée sur une dolly Chapman pour observer le ciel (nuages or not nuages). 
Nous sommes à Watermael-Boitsfort, avenue de la Hulotte, dans la cité Floréal où se tourne H.S. (hors service), un long métrage de fiction. Tout contre un break Peugeot grenat immatriculé 093AF59, se tiennent quatre tueurs à gage. Louis (François Berléand), l'un d'entre eux, en costume beige à rayures, chemise bleue, cravate grise à pois jaunes, sort un chapelet de plaisanterie qui fait rire l'assistance à l'exception de Francis (Lambert Wilson), vêtu d'un costume anthracite, chemise, cravate, et lunettes noires et effectue des exercices d'assouplissement sur place pour se détendre.

Laurent Deutsch, Lambert Wilson et François Berléand © JMV

 

Plan américain

Jean-Paul Lielienfeld et Joëlle Keyzer © JMV

" Arrêtez vos gamineries. On va faire le pick up " dit l'assistant en tee-shirt bleu, pantalon cargo crème, un sweet-shirt bleu enroulé autour de la taille d'où dépasse un GSM. Philippe Guilbert se remet au cadre de la caméra, Hélène Lamy-au-Rousseau, pull en laine blanc ras du cou, pantalon sombre, tend sa perche au-dessus des quatre tueurs qui se préparent à effacer Marchand (Dieudonné), l'un de leurs ex-collègues. Olivier Hespel met son DAT en marche, attentif à ce qu'il n'y ait pas de bruit d'avion, de criailleries de gamins ou d'envol de pigeon. " Moteur demandé, - le son tourne - le voyant rouge de la Moviecam s'allume. " Partez ", crie l'assistant. Take 3, indique le clap. Nouvelle prise de la scène. Le réalisateur observe le plan sur une vidéo de contrôle avec sa scripte, pantalon blanc, spencer en jeans : " On va juste la réécouter! " ce qu'il fait. " On l'a, c'est bon !" L'assistant, l'œil surmonté d'un accent circonflexe, dit : " On check the gate ". Traduction : on vérifie s'il n'y a pas de poil sur la fenêtre de la caméra.

Plan rapproché

Philippe Guibert, Jean-Paul Lilienfeld et François Berléand © JMV


" Le sujet du film, nous explique Jean-Paul Lilienfeld, le réalisateur de XY, c'est l'histoire de Marchand, un type dont la femme croit qu'il est représentant en chaussures. Il part en début de semaine sillonner les routes et revient le vendredi soir au domicile conjugal. Un jour, elle découvre plein d'armes dans les boîtes à chaussures stockées à la maison. Marchand lui avoue qu'il est tueur à gages. Il s'ensuit une explication assez orageuse et par réflexe professionnel, il lui donne un coup qui la plonge dans le coma. Pour lui, c'est une catastrophe, parce qu'il est vraiment amoureux de cette femme . Il a l'impression, par toute une série de signes, que s'il se conduit mal, l'état de sa femme va empirer et que s'il se conduit bien, ça ira mieux. Il pense qu'en se rachetant elle va se réveiller.
Les séquences que nous sommes en train de tourner sont celles des tueurs qui vont mettre leur point d'honneur à l'éliminer. Parce que lorsqu'on exerce ce métier, on ne décroche pas, comme ça. Les scènes qu'on tourne aujourd'hui ont lieu devant la maison de Marchand, le personnage joué par Dieudonné. Ses anciens amis sont en train de se demander comment ils vont faire pour entrer dans cette maison qui est barricadée et le tuer parce qu'il sait beaucoup de choses et qu'il est inadmissible qu'on n'exécute pas un contrat.
C'est une volonté de ma part de venir tourner ici pour des types de décors que je savais trouver puisque j'avais tourné mon premier film en Belgique, et qui correspondent bien au ton du film. On met des plaques minéralogiques 59 parce que l'architecture de la Région du Nord peut correspondre à ça.
Par ailleurs, je n'ai jamais eu d'équipe aussi complémentaire que sur ce film (Guilbert à l'image, Hespel au son, etc.). Donc je suis très content. Ce sont de vraies rencontres. Il n'y a pas de points noirs dans cette équipe. On peut parfois travailler sur certains films en compagnie de gens avec lesquels on est content de travailler, puis d'autres qu'on sent moins tandis qu'ici, j'ai un sans faute. C'est vrai. C'est pas de la brosse. J'ai jamais dit ça sur d'autres films. Sur H.S., je suis parfaitement bien."
"Marchand, le personnage que j'interprète est un homme, nous précise Dieudonné (rires). Il a longtemps exercé la profession de tueur à gages. Il a comme couverture cette profession de vendeur de chaussures itinérant. Il ment à sa femme puisqu'il fait partie de cette petite équipe dirigée par Lambert Wilson et qui est chargée d'organiser les relations entre l'équipe de tueurs et les commanditaires. Un jour, il pète les plombs et il décide de changer de vie, d'arrêter de faire du mal. Le film est l'histoire de cette rédemption.
C'était assez inespéré, pour moi, de jouer dans un film violent, agressif (on tire dans tous les sens) et d'être un personnage qui refuse la violence après avoir été lui-même extrêmement violent. Marchand est dans une période charnière de sa vie et le film s'attache à cette période. C'est passionnant !"

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