Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
06/10/2006
 

L’Inventaire fantôme de Franck Dion

Chapeau haut de forme rigoureux, pardessus et dos droits, menton sec, air hautain, lunettes rigidement strictes (ou strictement rigides), avis d’expropriation à portée de main mécanique : huissier Soms pour vous servir et vous saisir. Je suis le personnage inamical et principal de L’Inventaire fantôme mais aussi le visiteur auquel Albert Lamartine ouvre sa porte ce matin. Vieillard assis dans un fauteuil roulant, les genoux recouverts d’une couverture, celui-ci, collectionneur de son état, a un bon béret, des verres à double foyer, l’air rêveur, un logement miteux et vide... Vide ! Permettez que mes sourcils de fonctionnaire frémissent mais c’est louche! Autant le confondre : « Dites-moi ? Que collectionnez-vous au juste? ». Pouvais-je me satisfaire de sa réponse (« Des souvenirs, monsieur… Des souvenirs dont plus personne ne veut… ») ? Oh que non, parole de Soms ! Ça, par exemple, ne serait-ce pas une porte dérobée que je remarque, Monsieur Lamartine? Tiens, tiens, je débouche sur un énorme grenier rempli d’objets. L’inventaire peut enfin commencer. Bon, il est vrai que les pièces que je répertorie sont peu conventionnelles et même énigmatiques (un poste de radio récalcitrant, un miroir à faire peur, …). « Tango, tango! Te quiero mucho! » : mais qu’est-ce que c’est que ça?! Et pourquoi le décor qui m’entoure est de plus en plus sombre, étrange et angoissant? Et pourquoi mes chères étiquettes « à saisir » gisent à terre ? Et pourquoi ai-je PEUR?

L’Inventaire fantôme est une aventure loufoque, rétro et décalée de dix minutes concoctée par un français, Franck Dion. Mêlant techniques de marionnettes (stop motion), retouches numériques, décors soignés, musique déjantée, ce premier film a été récompensé par le Prix du Jury Junior Canal J à Annecy en 2004.
L’histoire de ce court métrage est retracée dans le documentaire qui lui est associé, « L’inventaire de l’inventaire ».
Dion, interviewé par Alexis Hunot, journaliste à Synopsis, raconte que le personnage Soms était déjà présent dans toute la splendeur de sa rigueur dans deux scripts antérieurs non aboutis, « La traversée de la nuit » et « Avez-vous donc une âme ? ». Didier Brunner, le producteur des Armateurs (Kirikou, La Vieille dame et les pigeons et Les Triplettes de Belleville), accepte de le produire après réception d’un dossier graphique dont on peut d’ailleurs admirer le story-board dans un autre bonus, « L’animatique de l’inventaire fantôme ».
Tout film d’animation est censé cultiver son propre univers graphique. Celui de L’Inventaire fantôme est très abouti. Si le réalisateur a travaillé en équipe pour créer les marionnettes et les accessoires du décor, il s’est occupé lui-même des dessins et des sculptures préparatoires. Le crayon a néanmoins été complété par le numérique puisque 75 plans ont été revus en post-production. Nécessaire, étant donné que la prise de vue de ces héros mesurant moins de 50 cm, s’est conçue image par image grâce à un appareil photo numérique. Aux dires du réalisateur, cette technique représente « la solution idéale pour la stop motion car la définition de l’image est très bonne. » L’avant/après, proposé sur ce DVD, est saisissant et confère en effet un certain relief au film.
En complément de l’histoire, Dion a voulu un tango (« pas de violons à la Psychose ! » afin d’éviter la redondance). Le compositeur Pierre Caillet lui a proposé un air grotesque servi par les voix d’un doux argentin et d’une diva absurde. Une créativité musicale permise peut-être parce que selon ce dernier, « c’est toujours dans l’animation qu’il y a la plus grande part de rêve parce que ce n’est pas réel et parce qu’il n’y a pas de vrais personnages ».


L’Inventaire fantôme de Franck Dion (2005) – 10'. Bonus : "L’inventaire de l’inventaire" (28’) et "L’animatique de l’inventaire fantôme" (10’).

Editions Chalet Pointu, diffusion en Belgique : Come and See

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