Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/2003
 

L'Ombre d'un doute

Le cinéma est une écriture. Chez Hitchcock c'est tellement évident qu'il qualifiait le sujet de Mc Guffin (prétexte, gimmick) dans son célèbre ouvrage d'entretiens avec François Truffaut, un livre que tous les passionnés du 7ième art se doivent de lire. Vous y trouverez des renseignements sur Shadow of a doubt (L'Ombre d'un doute), le film préféré d'Hitchcock. Truffaut précise ce qu'était le cinéma pour Sir Alfred : « quand je dis qu'il a pratiqué le cinéma comme une religion je n'exagère pas ».!

L'Ombre d'un doute Le film

Réalisé d'après un scénario écrit par Thorton Wilder, L'Ombre d'un doute est l'une des plus belles incarnations du diable au cinéma. Damned ! Eh oui, en toute innocence, incarné par un Joseph Cotten banal et inquiétant à souhait.

Sous les allures d'un film policier anodin, L'Ombre d'un doute rassemble les obsessions d'Hitchcock, la description du mal face à l'innocence, l'ange et le démon, leur séduction réciproque (les deux protagonistes se prénomment Charlie).
L'histoire se passe dans une de ces familles provinciales, les Newton, que l'on dit sans histoires. John, le père est employé dans une banque. La mère au foyer est pleine de joie de vivre et Charlie Newton, l'aînée des enfants de la famille s'ennuie jusqu'au moment ou surgit, Oncle Charlie, le frère de sa mère qui est aussi son parrain, chargé de cadeaux pour toute la famille. Beau et riche, il fascine sa nièce à qui il passe une émeraude au doigt.

Deux enquêteurs qui se présentent comme des sociologues menant une investigation autour d'une famille américaine moyenne sèment le trouble chez les deux Charlie. L'Oncle et la nièce. Le Mal et le bien. Ce couple quasi-gémellaire a droit à un petit clin d'oeil d'Hitchcock : le plan d'ouverture nous montre Oncle Charlie étendu sur un lit. Quelques plans plus tard nous ferons connaissance de la nièce de la même manière : étendue sur le lit et fixant le plafond avec ennui.

Ces enquêteurs sont des policiers cherchant à coincer l'assassin de veuves richissimes, le « tueur des veuves joyeuses ». Oncle Charlie serait-il une sorte de Monsieur Verdoux venu dissimuler ses forfaits dans un endroit discret ? Belle ellipse que celle où l'un des deux policiers invite Charlie à sortir avec elle sous le déguisement d'un sociologue étudiant l'américain moyen, son mode de vie quotidien et ou Hitchcock faisant l'impasse sur les questions posées permettant de faire naître peu à peu les soupçons, raccorde sur un gros plan de Charlie s'écriant indignée : « Ah, maintenant, je sais qui vous êtes vraiment, un policier ! »

On ne vous en dira pas plus sinon pour souligner l'histoire annexe d'un couple. Joe, le père, s'amuse à chercher avec Herbert (son voisin et ami) la façon la plus efficace de commettre un meurtre !

Le réalisateur

On ne va pas s'offrir le ridicule de présenter l'un des réalisateurs les plus connus au monde. Il a suffisamment fait sa propre promotion sans qu'on en rajoute (dans L'Ombre d'un doute vous le remarquerez comme passager du train). Sachez tout de même qu'il est né à Londres en 1899, qu'il rêvait de devenir ingénieur et que par le biais d'une société de production de cinéma, il est passé du service publicitaire (tiens, tiens) au montage. C'est là qu'il a rencontré sa future femme, Alma Reville, qui était scripte et monteuse. Nous vous ferons grâce de sa filmo, impessionnante, pour extraire quelques chefs-d'oeuvre : Notorious, L'Inconnu du Nord-Express, Vertigo, Fenêtre sur cour, North by Nortwest, Psycho, Marnie.

Bonus

La qualité du matériel utilisé pour l'édition numérique est parfaite. La réalisation de ce DVD a été confiée à Laurent Bouzereau à qui l'on doit les autres titres de la collection Hitchcock (ah, les couleurs restituées de Vertigo !). Le son d'excellente qualité en mono d'origine. Un livret imprimé comporte des notes de productions intéressantes. A commencer par ce commentaire : « Oncle Charlie adore sa nièce mais pas autant qu'elle ne l'adore. Pourtant, elle doit le détruire. Pour reprendre les mots d' Oscar Wilde : « On ne détruit que ce qu'on aime »
Un making of avec sous-titres en français (c'est loin d'être une règle générale) où se succède l'inévitable Patricia Hitchcock qui nous dit que son père et sa mère ont travaillés de concert sur le film mais surtout que pour la seule fois de sa vie Hitchcock a apprécié, lui qui n'aimait que le studio, le tournage en extérieurs. Thérèse Wright (Charlie) et Hub Cronyn (Herbert) confie leurs impressions de tournage. Et, enfin, Peter Bogdanovitch nous fait bénéficier de quelques-unes de ses analyses sur le film préféré du maître du suspense. Plus la bande annonce et, ce qui est précieux, des dessins de production.

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