Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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juillet-août 2008

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09/07/2008
 

La boîte à tartines, de Floriane Devigne

Pandore bolchévique

La Boîte à tartines de Floriane Devigne

Peut-être pour l’heure, se passe-t-il quelque chose de différent dans le paysage si souvent sérieux et grave du documentaire. Si tel est le cas, le film de Floriane Devigne, La Boîte à tartines, en serait comme un signe manifeste, un indice jeté sur le chemin du réel, signalant à qui voudrait le voir, qu’il est possible de parler de choses essentielles avec un ton léger, pétillant et profondément attachant.
La Boîte à tartines est un film sur la condition ouvrière et le monde du travail, leurs histoires mélangées, leurs vérités malmenées et leurs déboires évidents quand ils se retrouvent happés par ce nouvel ordre du post industriel. Sujet difficile autant que complexe, et qui appelle souvent une approche posée, réfléchie voire, hélas parfois, compassée.
La qualité du travail de Floriane Devigne est d’avoir su trouver une idée et une forme cinématographiques qui lui permettent d’aborder un tel sujet avec humour et malice, donnant l’impression d’y toucher à peine et réussissant à nous entraîner au cœur même de son propos. 
L’idée tient dans cette boîte à tartines dont elle va, par le biais d’une enquête rigoureuse, chercher à comprendre les paysages d’origine, les histoires affectives, les implications sociales, les secrets de fabrication et, surtout, les à-côtés inattendus où se mélangent bolchevisme et boulangerie, borinage et lettres d’amour. Des terrils du bassin industriel wallon aux agapes prolétariennes d’une usine en Flandre, La Boîte à tartines multiplie les rencontres et les confrontations, dessinant, d’un crayon rieur et lucide, le portrait tragique de notre époque. 

La forme est un essai à la première personne fait de réflexions intimes et d’entretiens complices où Floriane Devigne s’implique avec vivacité, trouvant pour chaque nouvelle situation une façon de dire et de regarder qui donne à l’écriture de son film, sans cesse en mouvement, une facture originale et personnelle. Il y a dans son souci de mise en scène, une dimension ludique et une invention narrative qui étonnent et réjouissent, tant par leur ingéniosité que par la pertinence de leur réalisation.

Depuis Pandore, nous savons qu’ouvrir une boîte est un risque certain et jamais innocent. En ouvrant sa boîte à tartines, Floriane Devigne assume jusqu’au bout le risque qu’elle prend en faisant confiance au cinéma.  Elle nous dit peut-être ce qu’elle pense de cette histoire ouvrière qui la travaille, de cette Belgique catholique qu’elle habite cahin-caha, de sa hantise des boîtes qui dérivent toutes vers cette mise en boîte ultime, mais ce qu’elle nous fait toucher du doigt, ce qu’elle nous fait ressentir à merveille, est cette manière qu’à le cinéma de nous étonner, de nous surprendre pour mieux nous comprendre. Et elle le fait avec un tel plaisir et cette sorte de joyeuseté un rien désespérée qu’il est impossible de ne pas y succomber.

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