Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
07/03/2011
 

La Cantante de Tango de Diego Martinez-Vignatti

la cantante de tango

La Cantante de Tango est un film qui nous parle de la passion amoureuse de Helena, une chanteuse de Tango, dont la carrière, au moment où elle prend son essor, est foudroyée par le manque d'amour d'un homme qui la quitte sèchement (tout le contraire de Pâris avec Hélène de Troie dans l'Iliade). Au bout du rouleau, Helena va-t-elle remonter la pente du traumatisme qu'elle vit, telle Ingrid Bergman à la fin de Stromboli (Roberto Rossellini) ?

« Quand on perd la tête pour quelqu'un, nous signale Diego Martinez-Vignatti, on ne choisit pas le moment. La passion n'arrive jamais quand on s'y attend, ni au bon moment. Helena est une artiste, une femme extrême, qui boit un peu, qui a une famille qui n'en est pas vraiment une, une famille de mecs, tous machos, comme le milieu du tango. Dans le film, on ne sait rien, on ne connaît pas leur histoire, on ne sait pas pourquoi cette séparation a lieu, ni le pourquoi de cette blessure ».

Eugenia Ramirez Miori, l'interprète d'Helena nous explique : « Jétais tombée tellement amoureuse du tango que j'y ai dépensé tout mon argent et tout mon temps. Ma famille était furieuse car elle estimait que je devais plutôt me diriger vers les claquettes ou le music-hall. Je suis devenue très vite professeur de tango parce qu'il n'y avait pas beaucoup de jeunes à cette époque-là qui le pratiquait. Les vieux ont formé les quelques jeunes qui se présentaient à eux. L'engouement pour le tango est arrivé bien plus tard ».

Diego Martinez-Vignatti, le réalisateur, n'aime pas particulièrement les scénarios ou les story-boards. Il fait confiance à sa part d'inconscient, mais surtout à sa vision du cadre qui lui offre le champ et le hors-champ. Dans La Cantante de Tango, il n'hésite pas à utiliser des travellings circulaires couvrant Eugenia Ramirez Miori (Helena) à 180°ou à 360°. Eugenia étant le centre de ces cercles ou ces demi-cercles chorégraphiés comme la danse du tango, mais aussi pour montrer son impossibilité à sortir d'elle-même. Une belle orchestration de cette voix du silence, perdue dans les vagues de la dépression qu'elle subit. D'autant qu'autour d'elle, d'autres couples subsistent, et ont pu s'installer dans le temps de la longue durée. Pourquoi et comment ?

Cohérent avec son sujet, Diego Martinez Vignatti n'hésite pas à filmer chaque expression du visage de son actrice, donnant à son regard une puissance fictionnelle. Il nous dit : « J'ai rêvé et imaginé tous les plans-séquences avant le tournage. Je ne fais pas de story-board, je ne fais pas de plans techniques. Lorsque j'arrive sur le plateau, normalement, quand tout se passe bien, j'ai une idée très précise de ce que je veux faire. Bien que je m'oblige à rester ouvert aux surprises. J'aime bien être surpris. Mais les plans-séquences demandent une planification militaire. Soit c'est moi qui fais le plan, caméra à l'épaule, soit je demande à un steadycamer de la filmer, je le lui explique tout en marchant, je lui dis ce que je veux qu'il fasse. Après, on le fait avec Eugenia, ensuite avec l'ingénieur du son, et enfin on la tourne ».

Ces propos et bien d'autres, vous pourrez les entendre et les voir dans le bonus DVD de ce beau film. Rappelons qu'il a été, lors de sa sortie dans les salles, le coup de cœur de Cinergie.be.

La Cantate de Tango de Diego Martinez-Vignatti. Bonus : entretien avec Diego Martinez-Vignatti et Eugenia Ramirez Miori, édité par Cinéart et distribué par Twin Pics.


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