Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
Décembre 2003
30/11/1999
Mots-clés : critique de cinéma,
 

La Chaîne sans fin de Claude François

Wergifosse, sa vie, son oeuvre, ses amis.

Mais qui donc est Jacques Wergifosse? Et pourquoi lui consacrer un film de 48 minutes? Son nom me rappelait vaguement quelque chose. Enfant du même pays que lui, je l'avais lu souvent au bas d'articles de journaux. Pendant 28 ans, en effet, il a exercé la profession de journaliste. Pas de quoi cependant allécher l'intérêt du documentariste Claude François. Dans ce portrait de pellicule où il se raconte, Wergifosse se refuse d'ailleurs à tout commentaire sur cette activité, sinon pour dire qu'elle lui a apporté Léa, la femme de sa vie, rencontrée à la rédaction. En fait, ce charmant vieux monsieur que l'on voit chez lui, assis à sa table de travail ou se promenant dans les rues et les parcs de Liège est l'un des derniers grands poètes surréalistes belges. Et encore, il ne doit pas apprécier de se savoir ainsi situé.

La Chaîne sans fin de Claude FrançoisLa Chaîne sans fin de Claude FrançoisLa Chaîne sans fin de Claude FrançoisLa Chaîne sans fin de Claude François

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« J'ai cru au surréalisme pendant trois ans, entre mes 17 et mes 20 ans », dit-il. «Mais le surréalisme est mort. Nous employions toujours le terme dans les conversations, pour éviter de devoir chercher un nouveau mot pour désigner ce qui rassemblait encore quelques amis rebelles. Mais ce mot est aujourd'hui utilisé par des politiciens, des journalistes, voire monsieur tout le monde pour désigner une situation qu'ils considèrent comme anormale. »
Né à Liège en 1928, il a 16 ans lorsque ses parents l'envoient à Bruxelles pour échapper aux dangers de l'offensive von Rundstedt. Il part à la rencontre des artistes sous prétexte de rédiger des papiers sur eux. C'est ainsi, raconte-t-il qu'il sonne un jour à la porte de René Magritte qui se prend d'amitié pour ce galopin à la plume alerte. Sur les pas du peintre, il va connaître les membres de « l'école de Bruxelles » : Magritte bien sûr, et son frère Paul, Mariën, Nougé, les frères Scutenaire et toute la bande du bistrot La fleur en papier doré. Avec son ami René, il part à Paris pour l'exposition « vache », la période de la carrière du peintre qu'il préfère. La seule, dit-il, où il l'a connu heureux de peindre. Il rencontre Breton, Cocteau, Eluard. Il ne connaîtra pourtant jamais la gloire ni la célébrité. Wergifosse est un écrivain pudique. «Il ne recherche pas la publication », dit un de ses amis « Il n'envoie jamais de textes. On lui fait des demandes et il y répond. Il a son petit public dont il connaît la fidélité. » Sans doute n'a-t-il pas envie des compromissions qu'il a vu faire à Magritte « pour que ses toiles se vendent mieux » et qui ont rendu son ami malheureux. C'est avec effarement qu'il contemple les excès d'adulation et de merchandising qui accompagnent la grande expo rétrospective consacrée au maître en 1998 aux Beaux-Arts. Une récupération que le réalisateur Claude François met malicieusement en parallèle avec un événement concomitant : la coupe du monde de football.
On sait le réalisateur de ce portrait féru de peinture, pour laquelle il est d'une grande érudition. Elle y est constamment présente : tableaux et dessins de Magritte, collages de Picabia, d'André Stas. Mais il y a aussi les oeuvres de Mariën, photos et films ou des films que Magritte, encore lui, réalisa à la fin des années cinquante et dans lesquels Wergifosse apparaît. Des chansons composées par Paul Magritte sur des textes de Wergifosse et interprétées par Fanchon Daemers. C'est ainsi, sans en avoir l'air, qu'à travers le portrait de cette personnalité discrète mais oh! combien présente, tout un milieu artistique est évoqué, toute une époque revit. Un portrait complété par les interviews des amis du poète : André Stas, Claudine Jamagne, le libraire Michel Lhomme et, à titre posthume, son ami qui sans cesse l'encouragea à écrire, son éditeur le poète Tom Gutt. Le commentaire à la première personne, dit par Sébastien Warocquier, sert de fil rouge à ce film dans lequel revient de manière récurrente l'image d'une plage, d'une étendue de sable avec, en avant plan, un petit panneau de bois avec un texte à la peinture noire : « Ici commence le bout du monde » Panneau qu'on retrouve sur la dernière image du film, le parc dans lequel se promène Jacques Wergifosse. Vous avez dit surréaliste ?

 

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