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31/05/2017
 

La Chana de Lucija Stojevic

Faire les cents pas, une vie durant

La Chana n'est pas humaine. Elle est bête majestueuse. Beauté profonde aux airs graves. Le regard qui perce et glace. La Chana tape, tape, tape, les pieds dansent, le gauche, le droit, le gauche, le droit. TaTaTaTa, les pas résonnent sans cesse, les bras s'enroulent. La Chana hypnotise, envoûte, blesse, transperce. La Chana s'emballe, La Chana danse. Jusqu'à la fin.

la ChanaGitane née à Barcelone en 1946, Antonia Santiago Amador grandit dans la rue, pas d'école pour la chica, elle multiplie les petits boulots. La petite entend déjà les mélodies dans sa tête, le rythme tambourine. Elle est déjà possédée. Dès son plus jeune âge, l'autodidacte Antonia danse en cachette. Instinctive, celle qui se fera appeler plus tard La Chana répète les rythmes compliqués du flamenco dans les fêtes et en écoutant la radio. L'oreille attentive, elle n'en perd pas une miette. Elle s'entraîne sans relâche, en pantoufles. C'est son oncle Chano, un guitariste professionnel dont elle tire son surnom, celui qui perçoit immédiatement les talents de la gamine et qui la lancera, au grand dam de sa famille. Une honnête fille ne se trémousse pas.
La Chana est fascinante, impressionnante. Sans conteste. Mais, La Chana est double. Et cette dualité est au centre du documentaire de la jeune Croate Lucija Stojevic. Après une campagne de crowdfunding de 12000 euros atteinte, la réalisatrice a suivi la diva. Le documentaire oscille entre avant et maintenant, entre prises de vues actuelles et photos d'archive, entre les premiers pas de la jeune Antonia et son immobilité, victime des ans et des zapateados effrénés. Le film montre La Chana, belle, plantureuse, sensuelle à souhait, des roses dans les cheveux, les lèvres peintes, l'or aux oreilles, et l'autre Antonia, épouse soumise, écrasée par son premier mari, entre les mélodies endiablées et le silence.
Face à elle, on reste sans voix, figés dans l'attente, le souffle coupé. Quand va-t-elle s'arrêter? Quand? TaTaTaTa. La Chana danse et le temps s'arrête. Elle est possédée par le démon de la danse, les membres sont envoûtés, ils frappent le sol. Danse de l'âme profonde, le flamenco libère cette femme opprimée qui connaîtra deux moments de gloire, entre 1966 et 1979 et entre 1985 et 1991. Entre les deux, pause. Histoire de cœur.
Lucija Stojevic a réussi à montrer simultanément La Chana et la mère, la grand mère, la femme. Une star, attentive aux moindres détails scéniques, et une dame âgée qui regarde la télévision, couchée de tout son long, avec son fidèle compagnon sur les genoux. Le film retrace la vie et la carrière de cette artiste en particulier mais pas que. En mettant en scène cette artiste, la réalisatrice pose la question de la reconnaissance et de la transmission artistiques. Le film se termine par une dernière montée sur scène, où La Chana, assise sur une chaise, entourée de ses musiciens fait résonner une dernière fois les talons, les pointes, les talons, les pointes.

 

Nastasja Caneve  
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