Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
05/10/2010
 

La Danse de Frederick Wiseman


la danse

Frederick Wiseman a réalisé trente-huit films documentaires basés sur le principe du cinéma-vérité. D'un asile psychiatrique de la prison de Bridgewater, dans le Massachusetts (Titicut Follies), à un bureau d'aide sociale (Welfare) en passant par l'armée (Basic Training), il nous a dressé une étude plus qu'une image des institutions de l'Amérique. Un point de vue incomparable parce que dédramatisé, il a essayé d'être le plus neutre possible en évitant la musique additionnelle, l'interview ou le commentaire tout en réalisant des films structurés d'un montage rigoureux. Poser des questions en refusant d'y répondre lui-même, tel est le grand art de Wiseman qui, il faut le souligner, est son propre producteur, son propre réalisateur, son preneur de son et son monteur (un documentariste comme Raymond Depardon lui doit beaucoup en appliquant cette façon de filmer).

En 1996, Wiseman auscultait les coulisses de la Comédie-Française (La Comédie-Française ou l'amour joué). Il y a deux ans, il s'intéressait aux petits pas des petits rats et des gros rats de l'Opéra de Paris, au palais Garnier.

La Danse est devenu un superbe film sur la beauté éphémère, sur la quête de la perfection. Le grand documentariste américain ne nous montre pas seulement les difficiles répétitions de danseurs travaillant des pointes et des sauts ou l'âge difficile d'une danseuse étoile, mais aussi – c’est ce qui fait son style incomparable – les petites mains (couturiers, maquilleurs, coiffeurs, hommes de ménage), les ouvrières qui préparent les spectacles et même une assemblée générale sur la réforme de l'assurance retraite (la crise démarrait).

La Danse nous parle, de manière subtile, de la transmission d'un savoir-faire fragile et volatile à travers des corps en perpétuel mouvement de leur jeunesse à l'échéance de leur déchéance. Wiseman, en captant l'essentiel et en réalisant un montage espiègle, nous laisse groggy. C'est ainsi que Mme Lefèvre, Madame mère, Dieu de l'Opéra de Paris, autrement dit la patronne, se retrouve en reine des abeilles grâce à un raccord sur un apiculteur juché sur le toit du Palais Garnier avec de belles abeilles. Le style, c'est cela même.

La Danse de Frederick Wiseman, édité par les Editions Montparnasse, diffusion Twin Pics.

 

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