Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Février 1998
01/02/1998
Mots-clés : religion
 

La Danse des esprits de Manuel Poutte

Journal d'un curé des villes

La danse des esprits - Manuel Poutte

La vie d'un curé de grande ville en cette fin de siècle n'est pas de tout repos. Tout comme le commun des mortels, le curé n'arrête pas de courir. Il est épuisé de tant de visites et de réunions, de rencontres éclairs avec les gens. Même sa messe, il la célèbre en courant. Il culpabilise de ne plus avoir le temps de répondre aux inquiétudes de ses paroissiens, il est lui-même désemparé. Le seul endroit où il arrive à se retrouver, à recouvrer sa foi est cette petite chapelle dédiée à Saint Alba, perdue dans les montagnes, près du village où il a été curé auparavant. C'est là que, une fois l'an, pendant quelques secondes, un miracle se produit. Chaque année, le 13 décembre, le curé part là-bas, vivre ce moment de béatitude, illuminé par la lumière éblouissante que reflète le triptyque de Saint Alba. Avec lui, se retrouvent des gens de la ville qu'il a réunis dans son havre de paix.
Il est le lien entre une entraîneuse qui se déteste et hait ce qu'elle fait mais qui est si heureuse de porter en elle une "marmaille qui lui a poussé dans le ventre" en qui elle met tout son espoir de rédemption, un jeune footballeur, surnommé "le buteur", ne sachant plus marquer un but, des vieillards pensionnaires d'un asile, un jeune homme condamné par la maladie.
Tous ont rencontré dans leur désespoir le curé qui les a convaincus de le suivre dans sa chapelle.
Mais face à ces gens de la ville qui ont besoin d'un élément surnaturel, un miracle, pour croire et reprendre goût à la vie, Donissan, l'adjoint du curé, a une attitude très critique. Dans ce premier long métrage, Manuel Poutte disserte sur le besoin de spiritualité. Après Moï Den O, une fiction sur le bouddhisme, la Danse des esprits s'arrête sur la foi chrétienne.
L'agnosticisme du réalisateur le pousse à l'iconoclasme. Le miracle n'en est pas un, il n'est que phénomène optique. La lumière que reflète le visage de Saint Alba est, en fait, la réflexion du rayon de soleil qui, depuis un certain angle, se réverbère dans un miroir caché derrière la toile. Fait que seuls le curé et Donissan découvrent, les laissant un moment désemparés. Serait-ce parce qu'ils ne croient plus au miracle qu'ils n'y assisteront pas ? Ce n'est peut-être pas un miracle, mais après tout, pourquoi empêcher les pèlerins d'y croire si cette lumière émanant du triptyque de Saint Alba les aide à se retrouver en contact avec leur moi le plus profond ?
Cette fiction, tournée à la manière d'un documentaire, a été réalisée avec très peu de moyens. Les acteurs, n'étant pas tous des professionnels, ont travaillé avec le réalisateur leurs personnages, les dialogues ont été écrits avec eux, ce qui appuie cette impression de réalité filmée. Contrairement à ses films précédents, Manuel Poutte n'a fait preuve d'aucune prouesse technique dans cette réalisation. Tout converge pour épurer cette fiction de tout anecdotisme ou romantisme. La sobriété du réalisateur est telle que le film peut paraître vide de sentiments. Trop intellectuel pour être chargé d'émotion ? On pourrait s'y méprendre.

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