Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2002
Mots-clés : critique de cinéma,
 

La Décomposition de l'âme de Massimo Iannetta

 Parler du film, c'est d'abord dire qu'il s'agit d'un parcours. Un film sous forme de visite, celle de l'ancienne prison de la Stasi en ex-RDA, aujourd'hui transformée en musée, en présence de deux ex-détenus. Et cette marche, au travers de ce huis clos, est l'expression de l'absurde, de l'enfermement lui-même. Une sorte d'errance, de perdition qui se cogne aux portes, aux murs de l'enfermement.
Réalisé en super 16, le film se compose en majorité de plans fixes alternant avec de longs travellings qui nous donnent cet impression de traversée de longue haleine où le spectateur est à la fois guidé et livré à lui-même.
Les cinéastes font revenir les morts en faisant parler les survivants. Ils sont là parfois comme des fantômes qui hantent à jamais les lieux. Inertes, perdus,...face à ce lourd passé et le difficile réapprentissage de la vie.
Leur parole et les textes de Jürgen Fuchs, écrivain et psychologue, brisent le mur du silence, la solitude des âmes. Leurs visages et l'expression de leur regard disent combien ils ont été traités comme des chiens, comme des sous-êtres.
On y revient sans cesse sur leurs visages, sur leur cellule, sur leur tabouret où ils ont passé des jours et des nuits à parler dans le vide, seuls comme des chiens et à se demander pourquoi.
Si le film est tellement bouleversant tant sur le plan humain et individuel que sur le plan politique c'est qu'il nous met face à nous-même et à notre monde.
Ce qui fascine et interroge durant tout le film c'est que le spectateur ne peut pas s'abstraire de sa propre condition humaine ; et alors, on a comme un froid dans le dos, car on sait qu'il suffit parfois d'un rien, d'un moment de distraction pour être emprisonné dans un système mis en place pour vous anéantir, vous démolir psychologiquement de l'intérieur. Hier, aujourd'hui et demain, il y a des gens que l'on arrête et qu'on enferme sans raison sauf celle de faire régner la peur pour installer un pouvoir, une pensée totalitaire.
On ne peut quitter le film sans garder un sentiment de malaise profond.
Un film de rigueur, de lucidité et d'intelligence. Rigoureux et dépouillé dans sa manière de filmer.
Je ne vois qu'un seul « défaut » au film c'est qu'il manque de désordre, mais comment rendre le désordre dans une prison transformée en musée ?
À la fin du film, en regardant une dernière fois les arbres et la lumière au travers des feuilles avant la fin, on éprouve l'envie de goûter à la vie et à la moindre chose qu'il nous est donné à vivre.

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