Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Mai 2005
01/05/2005
 

La dernière s(c)ene de Boris Lehman

Lors de la construction du Parlement Européen, plus connu aujourd’hui sous le tendre vocable de «Camembert », tout un quartier de Bruxelles fut exproprié puis rasé. Purement et simplement. Le futur en marche demandait de la place et les promoteurs urbains lui en firent.

Attention chef-d’œuvre

A l’époque, pareil à un petit village gaulois bien connu, une dernière maison résistait à l’envahisseur. Pourtant rien n’y fit et un matin, bulldozers et pelleteuses se mirent de la partie pour mettre un terme à cette déplaisante insubordination.

Ce jour-là, à cet endroit précis, parmi les ruines et les décombres, Boris Lehman tournait sa vision de la «dernière scène». Avec beaucoup de pudeur et de respect, alors que les murs tombent, alors que la poussière des gravas obscurcit le ciel, alors que les monstres mécaniques dans un boucan d’enfer mettent à mal l’ultime insoumission d’un temps révolu, Boris Lehman filme ce dernier repas, cette dernière communion qui réunit le christ et ses apôtres.
Jouant le rôle de Jésus avec une fragile sobriété, entouré d’amis artistes dans les rôles des apôtres, il réussit l’impossible rencontre du message christique et de la fin d’un monde. Collage subversif, résistance gonflée d’humour noir, La Dernière scène dépasse et transcende le simple pied de nez iconoclaste en faisant naître malaise et dérision, vérité et refus.
Admirablement mis en scène, ce film est un chef-d’œuvre de ce que le cinéma a de plus irréductiblement vivant. Porté par un regard vrai, épuré jusqu’à l’essentiel, d’une maîtrise époustouflante, rien n’y est de trop, tout y est juste et fort, La Dernière scène est un grand moment de ce cinéma du lien et de la communauté qui anime toute l’œuvre de Boris Lehman. Simple et sincère, il nous parle comme une voix amie et nous rappelle que nous ne sommes pas tout seul et que, face à la destruction de nos mondes, il est plus qu’important de ne pas l’oublier.

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