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Mots-clés : théorie du cinéma, livre,
 

La direction des spectateurs. Création et réception au cinéma

La direction des spectateurs. Création et réception au cinémaAlfred Hitchcock confiait à François Truffaut dans un célèbre entretien : « Avec Psycho, je faisais de la direction de spectateurs… ». Cette boutade est à l’origine du livre La direction des spectateurs. Création et réception au cinéma dirigé par Dominique Château. Elle pose la question de savoir dans quelle mesure un film peut diriger les pensées du spectateur.

Ce questionnement concerne le film terminé offert à la réception du spectateur avec l’existence présupposée d’un certain modèle. Il prend en compte le fait que, selon les époques, les normes de réception varient, de même que le profil du spectateur, aussi bien dans sa définition sociale que dans ses attentes esthétiques. Celles-ci varient selon les aires culturelles de diffusion du film, les événements de la société ou les débats qui l’animent, les stratégies de marketing, la critique de cinéma et enfin le travail des historiens de cinéma. Le livre nous invite à examiner une série de films précis (Hitchcock, Oshima, Gus Van Sant, le cinéma expérimental) sous ces différents paramètres, pour relever les traces de cette direction des spectateurs. Le regard caméra en fournit l’exemple, il constitue une manière détournée de diriger le spectateur en sollicitant sa complicité. Il peut également transformer celui-ci en regardeur devenu regardé.

De la naissance du spectateur fin XIXe au cinéma stéréoscopique qui ouvre de nouvelles modalités de voir le film, le livre explore, sous tous ses aspects, la manière dont les cinéastes et leurs producteurs ont réussi à élargir leurs audiences, à conquérir de nouveaux publics. Sa lecture passionnera les cinéphiles, par la multiplicité des points de vue abordés.

Il reprend les interventions du colloque organisé en 2013 par les chercheurs de plusieurs universités françaises.

Frédéric Sojcher dans une communication intitulée : « Les films ne naissent pas libres et égaux », analyse  à travers les films emblématiques d’Henri Storck et d’André Delvaux, l’accueil différent réservé en Belgique aux productions francophones et flamandes. Il relate à travers l’expérience de son dernier long métrage Hitler à Hollywood qui connut un certain succès dans les festivals internationaux mais échoua à atteindre un public plus large, toutes les difficultés rencontrées par le réalisateur et son producteur belge de l’écriture du scénario à la sortie du film en salles. 

Le réalisateur japonais Nagisa Oshima, très connu en Europe, depuis la sortie de La pendaison en 1968, provoque les spectateurs de ses films, pour les amener à voir ce qu’ils refoulent et refusent de regarder. On peut le comparer à Pier Paolo Pasolini ou à Rainer Werner Fassbinder. Et l’obstination d’Oshima se révèle finalement payante à transformer son public, à le faire adhérer à la singularité de son œuvre.

Gus Van Sant entretient une autre relation encore avec son spectateur. « J’ ai cru comprendre, dit-il, les différences profondes entre le travail d’Hitch et le mien… Le principal fossé tient à la relation aux personnages : lui en fait des objets soumis à une énorme tension. Le public, alors, entre dans un rapport d’intensité à distance avec les personnages. Dans mes films, au contraire, c’est comme si je devenais moi-même le personnage et le public s’identifie à lui d’une manière différente. »

La matière du livre est trop riche, par les contributions nombreuses de ses auteurs, pour que l’on puisse détailler tous les aspects qu’il aborde dans une voie, celle de la création et de la réception au cinéma, encore peu abordée.


La direction des spectateurs. Création et réception au cinéma.

Dominique Château (dir.)

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