Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
06/04/2011
 

La Discrète de Christian Vincent

À l’heure où le film de Philippe le Guay, , écope d’un joli succès en salle grâce à un bouche à oreille réjoui, et à un Fabrice Luchini au sommet de son art, voici une édition DVD de Lumière qui permet de le redécouvrir dans l’un de ses premiers succès publics. Et ça vaut bien le - joli - détour.

Les délices luchiniens

La discrète de Fabrice Luchini

Christian Vincent n’est pas un réalisateur prolifique. De sa filmographie, entre tentation auteuriste et comédie à succès, on retient son dernier film, Quatre étoiles (2006), une comédie d’amour et d’arnaques plutôt réjouissante sur fond de Côte d’Azur, et son troisième long métrage, La séparation, qui mettait Auteuil face à Huppert dans un beau drame sobre et intimiste autour du lien amoureux. Mais il y a surtout, La Discrète, ce premier film, dans un tout autre genre, comédie amoureuse et littéraire, que Lumière a la savoureuse idée d’éditer en DVD – très sobre malheureusement, sans petits bonus croustillants…. Succès public et critique, La Discrète récoltait trois Césars en 1991, et faisait découvrir Fabrice Luchini. Si Judith Henry, belle de sa force innocente, et Maurice Garrel, en tonitruant maître d’œuvre, y étaient merveilleux, c’est surtout Fabrice Luchini qui éblouissait les foules. Acteur embarqué jusque-là dans la troupe très prisée d’Eric Rohmer, le voilà qui perce l’écran dans un rôle taillé sur mesure. Luchini, qu’on adore ou qu’on déteste, fait partie de ces grands acteurs qui jouent de leurs personnages pour incarner leurs rôles…
Ils sont trop eux-mêmes, eux-mêmes étant en général déjà trop. C’est dire si dans ce cinéma-là, qui lorgne vers les contes rhomériens ou les ballades truffaldiennes, français jusqu’au bout de ses marivaudages, Luchini, tout en verve, excelle. Dans son personnage détestable et fascinant, pitoyable et attachant, il cabotine avec un plaisir réjouissant et communicatif. Ecrivain pas encore tout à fait raté, en homme qui aime les femmes, il est poussé par son ami libraire à se venger par l’entremise d’un livre de celle qui vient de le quitter - certes, il s’apprêtait à rompre, mais l’impudente a eu l’audace de le devancer. Et pire encore, de le faire au bras de son bellâtre - scène hilarante où Luchini, chétif et songeur, se jette soudain à la tête du rival pour lui infliger une raclée qui n’a pas l’ombre d’un début de baffe... Donc, poussé par son ami Jean qui se fait fort aussi de dénicher de jeunes auteurs, le voilà chargé de se venger de la gent féminine à travers un journal intime qui fera le récit d’une conquête amoureuse suivie d’un abandon. Où l’ami donc se fait Merteuil pour porter son apprenti Valmont au pinacle des écrivains. Mais la Tourvel s’oppose diamétralement au séducteur par sa simplicité et sa force. Et, sans trop vouloir dévoiler l’affaire, tel est un peu pris qui croyait prendre. Parce que tout y est affaire de séduction, de manipulation et donc de langage, La discrèteest un film absolument français. Construit sur des situations doucement théâtrales et des monologues très savoureux, portés par ses comédiens plein de verve, il conduit son intrigue amoureuse avec délices, évite bien des pièges du genre, et se déguste délicatement.

La Discrète de Christian Vincent édité par Lumière, collection Classics

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