Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Mars 2015
09/03/2015
 

La distribution des films belges : vaste débat !

Fin février, l’Association des Scénaristes de l’Audiovisuel organisait une rencontre - assez captivante - autour de la distribution des films belges avec la participation de nombreux représentants du secteur.

Dans le monde du cinéma belge, s’il y a un thème qui revient fréquemment, c’est bien celui, assez épineux, de la distribution des films. Des films belges… francophones surtout, pour qui trouver son chemin en salle se révèle souvent fastidieux. Ce n’est donc guère surprenant si, ce jeudi 26 février à Bruxelles, près d’une cinquantaine de professionnels (distributeurs, producteurs, artistes…) se sont retrouvés lors d’un débat sur ce sujet. Une rencontre orchestrée par l’Association des Scénaristes de l’Audiovisuel (ASA), une branche née, en 1991, et aujourd’hui présidée par Laurent Denis. Scénariste, ce dernier a eu l’honneur de connaître une sélection au Festival de Venise (1998).

"80% des films sont achetés sur base du scénario"

Vu la nature des lieux - la Maison des Auteurs -, la soirée a naturellement embrayé sur celui que d’aucuns considèrent chez nous comme l’un des parents pauvres du cinéma : le scénario. Ainsi, Christian Thomas (distributeur chez Imagine) rappelait l’âpreté de cette profession : "Un seul scénario sur cent que je lis devient un jour un film. Cela ne semble visiblement pas encore évident pour tout le monde, mais un bon pitch, il doit absolument pouvoir se résumer en trois phrases", alors que Stephan De Potter (Responsable des acquisitions chez Cinéart) s’inquiétait lui du niveau général actuel : "Sur cette même centaine de films, franchement, moi, je n’en lis que 4 ou 5 de bons. Et plus grave à ce niveau, un seul sur cinq… sans faute d’orthographe !". Un constat valable aussi bien chez nous qu’en France. "Or, 80% des films sont achetés sur base du scénario !", a-t-il ajouté.

"Distributeur, un métier aussi violent que cruel"

Les Rayures du Zèbre de Benoit Mariage Parmi les intervenants, le toujours volubile Michaël Goldberg, bien connu comme producteur (Le monde nous appartient, Les Rayures du Zèbre), affronte depuis peu le métier de distributeur, qu’il combine donc aujourd’hui. "C’est parce que le marché est saturé que j’ai décidé de distribuer moi-même mes films. J’ai été poussé par les circonstances. C’est un métier difficile, qui mélange intuition et chiffres, car un bon distributeur se doit de bien sentir le public. C’est selon moi le métier le plus violent et cruel qui soit, parce que le distributeur est celui qui doit aller au front. Mais je me sens beaucoup plus fort depuis que je pratique les deux."

"On doit soutenir tous les genres de films"

Présente également, Jeanne Brunfaut (Directrice du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel, issu de la Fédération Wallonie-Bruxelles), aux côtés de Thierry Vandersanden (attaché à la promotion du cinéma belge), insistait elle aussi sur l’exigence à retrouver dès l’écriture. "Souvent, les scénarios ne sont pas assez circonscrits. 99,9% des faiblesses scénaristiques que nous soulignons au départ se retrouvent à l’arrivée sur écran. C’est frappant. Nous devons donc veiller à être plus exigeants pour que cela paie au final. Aussi, nous devons soutenir des films qui connaissent bien leur public, que tout cela soit réfléchi dès le début. Un auteur qui proclame "Moi, j’écris pour moi avant tout", ça ne peut pas fonctionner au cinéma. Or, pour faire de meilleurs chiffres en salle, on doit arriver à créer des films qui touchent leur public. Tout en continuant, bien sûr, à soutenir toutes sortes de films. C’est indispensable de conserver ce mélange". L’assemblée allait dans ce sens. "L’exigence prime effectivement", renchérissait Michael Goldberg. "Et même après avoir obtenu les aides financières, chacun doit veiller à ne pas se prendre pour le roi du pétrole. Et s’il subsiste chez nous ce réflexe de trop protéger la veuve et l’orphelin, on ne doit pas avoir peur de tenter aussi des œuvres commerciales". "On doit effectivement cesser de n’aller que dans un sens", prônait Stephan De Potter (Cinéart). "Et même considérer qu’un film comme Marbie Star, qui fait 10 000 entrées, fait partie du marché !"

Comment exister, dans un marché saturé?

Modérateur pour l’occasion, Laurent Brandenbourger (scénariste du film Les Barons), posait cette question : comment un premier film belge peut-il encore exister dans un marché aussi saturé ? "À mes yeux", lui répondait d’emblée Stephan De Potter (Cinéart), "tous les films produits chez nous n’ont pas nécessairement vocation à sortir dans les salles. Il y a d’autres canaux, comme les festivals, les centres culturels... " Ce à quoi réagissait Dany Habrant (exploitant des Grignoux à Liège), tout en regrettant d’être souvent esseulé dans l’initiative de ses projets : "Le marché est certes saturé, mais si un film est bon, il doit être montré sur un grand écran. On peut par exemple difficilement deviner qu’un film comme Pas son genre va performer à près de 30 000 entrées. Mais l’on doit se rendre compte d’une chose : il y a une dizaine de films qui sort chaque semaine, pour un public qui va finalement peu au cinéma. Ou qui est peu apte à modifier ses habitudes."

"Je suis d’accord", disait Manuel Dias (Programmateur de La Vénérie - à Bruxelles). "Pour organiser chaque mercredi des ciné-apéros, je dois bien constater une chose : le cinéma belge jouit d’une étonnante richesse et plaît au public. Je peux le mesurer aux nombreux fidèles qui viennent quand on programme un film de chez nous. Dans mon centre culturel à Watermael, j’ai une moyenne de 80 personnes qui viennent pour un film belge. C’est tout à fait respectable." Preuve que le cinéma belge, par la bienveillance de certains, peut tout à fait trouver son public !

Le vieux réflexe cannois

Pas son genre de Lucas BelvauxEnsuite est venue la question des prix récoltés dans les festivals internationaux. Stephan De Potter tempérait. "Aujourd’hui, excepté le Festival de Cannes sur lequel semble encore beaucoup miser les cinéastes belges francophones, peu de prix ont une réelle résonance chez nous". Un réflexe cannois devenu naturel, mais qui, les années passant, a fait perdre quelques lettres de noblesse à des festivals de renom, comme ceux de Berlin ou de Venise. Un phénomène probablement lié au parcours de Toto Le Héros (lauréat de la Caméra d’Or à Cannes en 1991), sorte de film-déclencheur pour l’ensemble du cinéma belge, à ce niveau. "Ce n’est plus toujours le cas", faisait néanmoins bien de préciser Jeanne Brunfaut." Pas son genre n’a pas misé sur Cannes et a bien fonctionné. "Ne pas avoir cet éternel fantasme cannois facilite le travail de tous, intervenait Goldberg, fort de sa double-casquette. "Même si Les Rayures du Zèbre s’inscrit bien sûr dans un autre contexte, on l’a sorti en février et tout s’est bien passé. Quand j’avais posé la question à Benoît (NDLR: Poelvoorde) si on devait attendre Cannes, il m’avait évidemment un peu ri au nez…"

"Se serrer les coudes, tous ensemble"

Plutôt discret jusque-là, le président de l’ASA, Laurent Denis rappelait à tous, très justement, l’importance d’une autre thématique primordiale pour le futur : l’enseignement de notre cinéma dans les écoles. Tout en reconnaissant lui aussi que "Nous devons, tous ensemble, nous serrer les coudes pour élever le niveau de notre cinéma. Nous poser la question de la qualité des films qu’on fait chez nous. Nous devons travailler davantage en commun. Créer une émulation". Comme l’ont - par exemple - récemment permis la création des fonds séries et web-séries, éventuels et possibles alliés de cette rencontre espérée entre créateurs et public. Ou encore, comme le Master en Scénario récemment lancé par l’Institut des arts de diffusion (IAD). "Exactement", confirmait Christian Thomas. "Nous devons imaginer plus d’œuvres collectives, plus de travail en équipes". "Et", concluait Goldberg, "Un auteur ne doit surtout pas s’enterrer."

Croire en l’avenir

Vu l’importance des enjeux pour chacun, on notera que cette rencontre a logiquement joui d’un taux d’attention rare. Et même, d’une belle cordialité entre les différents intervenants. Preuve aussi que, malgré les divergences initiales de points de vue, d’intérêts voire d’éducation, les acteurs du cinéma belge francophone peuvent tout à fait coordonner leur idées pour trouver des solutions à leurs problèmes. Et pour croire, même, en un avenir meilleur. C’est permis. À partir du moment où le cinéma règne…


Site de l’ASA (Association des Scénaristes et de l’Audiovisuel), organisatrice de la rencontre http://www.associationscenaristes.be/?cat=4

Dernier bulletin issu du Centre du Cinéma (Au 1er semestre 2014, on constatera une notable progression (+ 9,23%) et enregistre un box office de 67.763.253 euros, soit un nombre d’entrées estimé à 9.680.465 entrées. La part de marché des films américains atteint 51% contre 20% pour les films français et 9% pour les films belges"

http://issuu.com/centreducinema/docs/bulletin_trimestriel_1er_semestre_2_a5391a032cc2dd/12?e=0%2F11478688

 

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