Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

La Femme aux 5 éléphants de Vadim Jendreyko

Histoire d'une mémoire 
« Il faut lever le nez quand on traduit.» 

À 85 ans, Svetlana Geier est d'une vivacité résolue. Considérée comme une des plus grandes traductrices contemporaines, cette vieille femme au dos voûté et aux grands yeux brillants est la traductrice, en langue allemande, des cinq romans-fleuves de Dostoïevski, ses cinq éléphants. Un événement majeur dans le monde méconnu de la traduction que met en lumière le documentaire de Vadim Jendreyko.

Le film s'ouvre sur le tranquille quotidien de Svetlana. Entre tâches journalières et travail littéraire se dessine le portrait attachant d'une femme d'une grande sagesse.

Affairée à son travail de traduction, comme un rituel hors du temps, Svetlana, accompagnée de sa vieille voisine tapant à la machine à écrire, s'adonne avec concentration et patience à saisir au mieux l'essence du texte, cherchant la justesse du rythme, « les zones érotiques » du transport linguistique. Femme empreinte de spiritualité, elle nous parle avec force et simplicité de sa passion pour le Texte, puisant dans l'univers de Dostoïevski ce qu'il peut porter de plus juste, rapport fusionnel que l'on perçoit partout, dans ses rapports à autrui, ses silences et ses regards.

L'approche sobre du sujet est au service de ce regard révérencieux. La caméra s'attarde en silence sur le visage parcheminé, les temps sont nombreux, respirations appelant à la réflexion, la lumière est douce, le montage simple, laissant toute sa place au propos.

Dans une seconde partie du film, le retour de Svetlana dans son Ukraine natale, 63 ans après avoir quitté le pays, est l'occasion, au gré de réminiscences accompagnant son retour, d'ouvrir une fenêtre sur le passé difficile du personnage. Une série d'images d'archives vient alors mêler l'histoire singulière à celle des grands bouleversements européens, l'occasion de questionner ce rapport d'une personne à son époque, et d'entrevoir le refuge et le salut que furent, pour elle, la littérature et la traduction.

Il est des rencontres qui, ponctuellement dans le parcours de chacun, prennent une signification particulière, ouvrent des portes à une nouvelle appréhension, un regard neuf sur le monde qui nous entoure. Le portrait de Svetlana Geier par Vadim Jendreyko fait partie de celles-ci, en nous offrant un moment unique d'humanité. 

Parmi les différents prix qui sont venus honorer ce film, on peut citer le prix Arte de l'European Film Academy Documentary, les Prix du meilleur documentaire et du public au Festival de Trieste ou encore le Prix du cinéma suisse dans la catégorie Meilleur film documentaire. 

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