Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Mars 2003
01/03/2003
 

La Maison du Canal

La Maison du Canal, un téléfilm réalisé par Alain Berliner, a été diffusé récemment sur la RTBF. Cette adaptation d'un roman de Georges Simenon par Alain Berliner et Dominique Guerrier vous fera découvrir la destinée d'Edmée, une jeune fille de seize ans qui, devenue orpheline se voit contrainte de quitter son milieu bourgeois de Lille pour vivre chez des cousins qu'elle ne connaît pas et qui habitent une ferme isolée le long d'un canal dans les Flandres.

Edmée découvre la rudesse et l'âpreté du monde paysan mais aussi le pouvoir de séduction qu'elle exerce sur ses deux cousins opposés l'un à l'autre dans leur désir de la conquérir. Edmée, citadine depuis sa naissance se confronte au monde rude de la campagne du Nord, à sa boue, ses pluies, au vent, aux animaux de la ferme. Son désir de devenir médecin comme le fut son père s'évanouit face à une réalité ou son destin semble se confondre avec celui de Fred, l'aîné des deux cousins dans un de ces mariages où la peine domine la jouissance.
Dans La Maison du canal, Alain Berliner a su éviter les pièges d'un pittoresque (tant dans le décor que dans les personnages) dans lequel sont tombés tant de réalisateurs (au cinéma comme en télévision). Il a évité de traiter un Simenon « policier », le genre ne l'intéressant que médiocrement, lui paraissant un amenuisement plutôt qu'un enrichissement. Le crime est accidentel, devient un lourd secret à porter pour ses protagonistes, une tension dramatique qui va vers sa résolution sans être pour autant l'enjeu principal du film.
Les adaptations des romans de Simenon sont des pièges visuels tant l'écriture de l'auteur de L'Aîné des Ferchaux consiste à déployer de petites cellules narratives qui s'inscrivent dans le flux d'une réalité mise à plat. Alain Berliner filme à hauteur d'homme comme écrivait Simenon dont le style visuel ne supportait pas le moindre atome de graisse. Mais surtout, il a choisi de se concentrer sur la singularité de ses trois personnages prisonniers de pulsions qui tissent leur existence, fondent leur destinée. Il capte leurs douleurs sourdes, leurs souffrances muettes. Il a fait sienne cette analyse de Claude Chabrol qui pense que Simenon construit ses intrigues à partir de ses personnages et qu'il convient de s'inspirer de ceux-ci. D'où la densité de la narration de La Maison du Canal qui tourne autour d'un trio aux désirs contradictoires, opaques : une jeune fille qui en découvrant l'émoi sexuel repère son pouvoir sur des cousins qui l'humilient et vont l'utiliser dans une valse hésitation qui donne tout son suspense au film.
La fin du film correspond davantage à l'esprit du roman qu'à sa copie conforme. Mais, chacun sait, que les meilleures adaptations sont celles qui tout en gardant l'esprit de l'oeuvre s'éloignent de sa littéralité.
Isild Le Besco (Edmée), Corentin Lobet (Jef), Nicolas Buysse (Fred) incarnent plus qu'ils ne jouent des personnages enfermés dans leur propre monde crédibilisant davantage l'intrigue. Petite cerise sur le gâteau, Berliner s'est offert une envolée dans l'imaginaire avec un beau plan subjectif lorsque Jef surnommé « Quasimodo » découvre lors d'une visite en ville une affiche du film Notre Dame de Paris et se voit avec Edmée dans les bras comme sur l'icône placardée sur les murs.
Ajoutons que la musique due au talent de Vincent d'Hondt a été distinguée par un Fipa d'or à Biarritz.

Bonus

L'homme qui n'était pas Maigret

Un film (47'-Str. Anglais), réalisé par Manu Riche évoquant la vie de l'auteur de 400 romans policiers et non policiers, ses thèmes récurrents, ses sources d'inspiration, son rapport obsessionnel à l'écriture, ses démons familiers et cette ambivalence qui fait toute la richesse de son univers. Ecrit par Steve Hawes et Axel Dubu, le film est composé d'extraits d'entretiens de Simenon dans les années 1950 à 1958 et de séquences de films de fictions.
Filmographies. Chapitrage, of course.


Entretien avec Alain Berliner

Pensez-vous de l'édition en DVD de votre film lui offre une seconde vie après sa sortie en salles ?
Oui, et, dans le cas d'un téléfilm comme la Maison du canal , c'est certainement un moyen de le rendre moins éphémère, de le faire réellement exister.
Pensez-vous atteindre grâce à ce support, un public différent de celui qui fréquente les salles ?
Non, je crois que les gens qui achètent des DVD fréquentent aussi les salles, mais peut-être moins assidûment et que le DVD leur permet de rester en contact avec le cinéma.
Que pensez-vous du chapitrage ? Y avez-vous participé ?
Je ne participe pas au chapitrage, et je n'ai pas d'opinion là-dessus.
Le bonus permet d'offrir au spectateur le contexte dans lequel le film s'est fait. Etes-vous pour la diffusion d'un making off, d'entretiens avec les réalisateurs ou acteurs. Ce qui permet de revenir au film après-coup.
Oui, je suis pour, mais, bizarrement, je ne trouve pas cela très intéressant pour un film récent. Par contre, un film plus vieux, mais qui a tenu l'épreuve du temps, c'est passionnant de voir et d'entendre ses créateurs et acteurs en parler avec du recul. Le DVD de Mon oncle d'Amérique, par exemple, qui comporte des entretiens avec Resnais, Gruault (le scénariste), Nicole Garcia, etc., entretiens réalisés 20 ans après par Serge Toubiana, est une merveille du genre. Pour Ma vie en rose , je me suis amusé à mettre des bandes annonces de plusieus pays, les affiches différentes, aussi, et le making-off. C'est un beau souvenir de cette aventure.
Le bonus permet d'insérer des scènes inédites, coupées au montage. Cela vous paraît-il intéressant ?
Si les scènes sont coupées au montage, c'est qu'il y a une raison. Donc pourquoi les mettre ensuite sur le DVD, non étalonnées, pas mixées, tirées de leur contexte narratif (le film) ?
Pensez-vous que la diffusion d'un court-métrage, dans les bonus, apporte un plus ?
Peut-être... Je ne sais pas, en fait, je regarde rarement les bonus. Pour moi, le DVD me permet de regarder un film que j'ai envie de voir dans des conditions qui, quand on dispose d'un écran et d'un projecteur, s'approchent de plus en plus des conditions en salles, le contact avec les autres spectateurs en moins, bien sûr. Et ça, ça fait beaucoup de charme en moins par rapport à une séance de cinéma !
Pensez-vous que les ados - Playstation 2 est muni d'un lecteur DVD - peuvent découvrir grâce au DVD des films différents que ce que leur propose le Top 10 ?
Non, parce que la publicité les oriente vers ce type de film-là, et pas vers un autre.

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