Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/1997
 

La Malédiction du Dr. Schnitzel d'Éric Figon

Nous sommes rue d'Hoogvorst, dans les locaux du Magic Land Theâtre. La Moviecam 500, installée sur un praticable, cadre en plongée le Dr Schnitzel, un savant fou dans la grande tradition du fantastique, lié sur sa propre table d'opération. On tourne une série de plans très brefs qui montrent la transformation du Dr Schnitzel en gorille. Ses assistants, avec l'aide des mutants révoltés contre sa tyrannie, lui ont injecté contre son gré de mystérieuses substances que nous nous sommes bien gardés de tester. Alexandre, le responsable des effets spéciaux, jette des carboglaces dans de l'eau chaude. Une épaisse fumée se dégage, à travers laquelle on distingue le visage du Dr Schnitzel grimaçant de douleur. Vissé à son écran de contrôle, le réalisateur Eric Figon observe le jeu du comédien qui roule des yeux (effet accentué grâce à l'emploi d'un objectif de 14 mm) et se tord de douleur. Il l'encourage à se débattre puis éclate de rire avant de crier : "Cut !". La maquilleuse ajoute des touffes de poils sur le visage du comédien de manière à le transformer en gorille. Alexandre, à l'aide d'une disqueuse et d'une barre de fer, envoie des étincelles sur le visage du docteur Schnitzel protégé par une vitre. Un effet stromboscopique plonge alternativement la pièce dans la lumière et l'obscurité et, petit à petit, Schnitzel se transforme jusqu'à devenir un gorille, deux heures après !

"C'est un défi auquel vous assistez", nous confie Eric Figon. "Nous sommes le 21 février et, en principe, le film sera projeté le 16 mars, lors du . Nous sommes partis de la pièce Le mystère du Château d'Hoogvorst, jouée ici par le Magic Land Théâtre, mais ce n'est plus la même histoire car on ne peut pas raconter en moins de dix minutes une pièce de plus d'une heure. On a gardé certains personnages et on en a inventé de nouveaux, mais on a conservé et utilisé les décors qui sont fabuleux. L'intrigue est celle d'un généticien fou qui enlève des gens et notamment Victoria, une belle jeune femme, pour redonner vie à sa mère morte des années auparavant, dont il conserve pieusement le squelette en espérant la ressusciter. C'est une parodie des films du genre, Frankenstein, L'Ile du Docteur Moreau, etc. On a conservé l'esthétique des films muets, on tourne en noir et blanc, en cadre fixe, à 16 images/seconde en muet avec des cartons intercalaires pour indiquer les dialogues et une musique qui donnera en grande partie son rythme au film. On doit pouvoir fermer les yeux et écouter car l'histoire sera aussi racontée par la musique. Le film se fait grâce à l'enthousiasme d'une équipe de bénévoles et aussi grâce au talent des comédiens du Magic Land qui ont bien voulu prêter leur concours ainsi que leurs locaux à cette réalisation."

Eric Figon, Doumia Depoorter, Hervé Dubois et Guy Rombaux sur le plateau de La Malédiction du Dr Schnitzel © JMV. Plan large. Il y a une douzaine de comédiens sur le plateau. Au centre, le Dr Schnitzel, transformé en gorille, est ligoté sur la table d'opération. Derrière la belle Victoria qui a failli être sacrifiée, se tient son assistant Igor, à côté du squelette de Madame Schnitzel mère. Tout autour s'agitent des mutants exubérants, partagés entre la crainte et l'allégresse. Alexandre envoie la fumée, le Shoter qui couvre le HMI ouvre et ferme ses lamelles, illuminant le plateau de flashes de lumière. "Action!", crie le réalisateur et le gorille gémit, se réveille, se débat, casse ses liens, se lève sur la table d'opération, à la stupeur d'Igor et des mutants pris de panique et terrifiés d'assister au réveil de leur maître qu'ils croyaient neutralisé. Le monstre saute par terre, jette ses liens face caméra, puis s'en détourne et se dirige en titubant vers sa mère. Arrivé devant elle, il se prend la tête entre les mains. Cut. On recommence plusieurs fois la prise pour obtenir un dosage correct de fumée et permette au directeur photo Noari Dragh d'installer une mandarine à coté de la caméra, afin d'éclairer le gorille dont la peau sombre est trop contrastée par rapport aux visages crayeux des mutants. Lorsque nous quittons le plateau, la dernière prise s'achève sur l'impossible étreinte du gorille avec sa mère. L'amour filial est une étange passion. Étrange ? Vous avez dit étrange ? Comme c'est bizarre !

Jérémie Demeyer et Jean-Michel Vlaeminckx
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