Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/2006
 

La Môme fait mouche! d'Alain Sace

Pour apprendre, il faut imiter. Mais imiter sans imagination conduit une petite grenouille, ses parents et une mouche dans une situation cauchemardesque.

Peu de personnes le savent mais le petit monde du dessin animé n'est pas aussi idyllique qu'on le croit. Là où à l'écran de gentils petits lapinous s'ébattent innocemment dans des clairières enchantées, côtoyant de merveilleux farfadets farceurs, là où de jolies princesses s'éveillent sous les doux baisers d'un prince charmant, la vie privée des stars du cartoon s'avère d'un tout autre acabit. En effet, nombreuses sont les grandes stars du film d'animation qui, une fois les spotlights éteints, les crayons rangés et le rideau tombé peinent à retrouver un second souffle. Pour elles, après la dernière séance, l'expression célèbre qui veut que « Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants » perd tout son sens. Beaucoup d'entre elles retournent à l'anonymat, d'autres, moins chanceuses, tombent dans l'enfer de la drogue. Certaines encore ont énormément de mal à joindre les deux bouts.

Prenez Blanche-Neige par exemple. Autrefois immense star de l'écran, sa beauté n'avait d'égale que son talent (et ce, même si sa belle-mère, jalouse, disait le contraire... ). N'ayant pas tourné de film depuis 1937, Blanche-Neige serait aujourd'hui obligée de boucler ses fins de mois en faisant des ménages dans une famille de nains de Schaerbeek. Le sort réservé à Winnie l'Ourson n'est pas plus enviable. Indésirable au sein du grand studio qui a fait sa gloire, son train de vie de grande star hollywoodienne et ses excès en tous genres ont fini par ruiner sa réputation et sa santé. Accro à la coke et aux antidépresseurs, Winnie l'Ourson, autrefois tout doux tout mignon, passe la moitié de sa vie en cures de désintoxication, délaissé de tous ses amis comme Tigrou et Porcinet. Maya l'Abeille quant à elle, après avoir épousé Frédéric Dard (...) est tombée dans l'enfer de la prostitution et fréquente assidument les clubs sadomasochistes sous le patronyme de « Maîtresse Maya ». Quant à Roger Rabbit, tout le monde sait qu'il a fait une seconde carrière plus lucrative dans le monde sordide du cinéma porno lapinesque. Une descente aux enfers qui fait office de pique-nique si on la compare au destin de Goofy, tristement devenu le scientologue le plus connu d'Hollywood. Loin des clairières enchantées, des châteaux merveilleux et des mondes fantastiques créés par les géants de l'animation, c'est souvent au détour d'une ruelle sordide que nos stars préférées finissent leurs carrières. Bref, comme vous pouvez le remarquer, dans le petit monde du film d'animation, tout n'est pas joli joli comme dans les films de Tonton Disney. Loin de là. Et ça, Alain Sace, le lauréat du prix Cinergie décerné à un court-métrage d'animation l'a bien compris.

La Môme Fait Mouche raconte en 7 petites minutes hilarantes l'apprentissage difficile d'une petite grenouille à qui sa pauvre maman essaie en vain d'inculquer l'art difficile du gobage de mouches. Mais le petit batracien peu dégourdi se contente d'imiter bêtement sa môman, avec des conséquences d'une cruauté rare. Cet apprentissage pénible, c'est une malheureuse petite mouche cruellement éprouvée qui en fera les frais. Avalée, ingurgitée, recrachée, régurgitée, massacrée, amputée, mutilée, à moitié digérée, la pauvre victime d'un apprentissage innocent finira d'une façon ignoble et cruelle qui ferait faire au très gentil et très politiquement correct (mais très raciste disent les mauvaises langues) Walt Disney un triple salto arrière dans sa tombe (ou dans son caisson cryogénique comme le veut une rumeur tenace... )

Le film d'Alain Sace, hilarant et faisant preuve d'un humour noir et drôle que n'auraient pas renié Hara-Kiri ou Villemin, est un petit bijou riche en fous rires et pour une fois, pas vide de sens. En effet, La Môme Fait Mouche, derrière son aspect hautement divertissant nous met en garde contre le côté pervers de l’éducation basée sur le mimétisme plutôt que sur la réflexion. Abordant des thèmes sérieux comme la pédagogie, la transmission du savoir et l'alcoolisme des insectes, Alain Sace signe une petite fable cruelle mais juste. Meilleur moment du film? La petite mouche handicapée s'échappe et trouve refuge dans un café pour mouches où l'attend une copine, une jolie mouche à moustaches qui rappelle bien sûr les vieux poivrots de la France profonde. Bien observé!

Comme chaque année, Cinergie.be remet son prestigieux prix à l’un des courts métrages d’animation belge diffusés au Festival Anima. Cette année encore, le jury, composé de quatre personnes, a délibéré longuement pendant une pause sandwiches bien méritée. Et La Môme Fait Mouche l'a emporté haut la mandibule, pour son humour mordant mais aussi pour son graphisme attrayant. Cinergie a déjà offert par le passé plus d’une dizaine de dossiers de presse électroniques à des courts métrages, leur apportant ainsi une visibilité bienvenue sur Internet. Parmi ceux-ci, des films réalisés par Olivier Smolders, Stéphane Aubier et Vincent Patar, Abel et Gordon, Wouter Sels, l’Atelier Zorobabel ainsi que Marie-Laure Guiset dont vous pouvez découvrir Home Sweet Gnome, primé l'an dernier, sur notre site.

Avec un patronyme pareil, il semblait logique qu’Alain Sace (...) se consacre au cinéma. Nous lui souhaitons un parcours plein de nénuphars qui lui permette de bondir de succès en succès. En tout cas Cinergie croasse en lui.

 

 

 

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