Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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mai 2006
05/05/2006
Mots-clés : court métrage
 

La nuit du court par Berliner, Van Dormael et Renders

19 avril 2006 : le tournage de la longue nuit du court métrage s’organise dans les rues de Bruxelles. Une équipe de la RTBF encadre l’animatrice de « Screen », Cathy Immelen. C’est dans un décor urbain - et non un studio - que trois réalisateurs confirmés ont été invités à évoquer leur passage par le court métrage. Cinergie les a rencontrés.

Séquence 1 : Alain Berliner au Parc Egmont.

 Une table, deux chaises. À la terrasse d’un café, Alain Berliner, nullement dérangé par le babillage animé des oiseaux, discute de court métrage. Quand on lui demande comment il perçoit rétrospectivement ses courts qui étaient ses premières expériences au cinéma, il répond malicieusement : « Ben, comme des premières expériences ! ». Silence... Penser à ne pas livrer à l’interviewé la réponse au lieu de la question ! Avant d’aborder le long, Alain Berliner a donc testé le format court à trois reprises : Rencontre (film d’école), Le Jour du Chat et Rose (par ailleurs présent sur le DVD de Ma vie en rose). Si le réalisateur considère ce métrage comme singulier, c’est parce qu’il lui confère le charme de la première fois : la surprise de raconter une histoire, de se servir de la caméra, de se confronter à la gestion d’une équipe technique, de diriger des acteurs, d’expérimenter. « J’ai toujours l’impression qu’un court métrage, c’est un sprint et un long, c’est un marathon. C’est sûr qu’on ne démarre pas un sprint et un marathon de la même manière. » Quand les références viennent à manquer, jouer sur l’esprit de répartie. « Alors, si je file la métaphore, est-ce que le sprint est indispensable pour envisager le marathon ? ». Trois longues secondes plus tard, l’intéressé a livré son verdict : « Ah, par contre, oui » ! Ouf, Berliner se marre ! . Se peut-il qu’après avoir tant couru (sic !), il renoue avec les vertus du début ? Pas sûr. Il avoue que c’est déjà tellement compliqué de faire des longs et que de toute façon, la logique du format long ne s’adapte plus véritablement à celle du court : « Tu mets la caméra au plafond, tu mets la caméra dans le feu, tu mets la caméra partout ! Et puis, tu fais un long métrage et à un moment, tu te rends compte que pour raconter ton histoire, tu ne peux pas mettre la caméra n’importe où donc, tu la mets normalement. »

Séquence 2 : Jaco Van Dormael et Pierre-Paul Renders sur l’avenue de la Toison d’Or.

Une table, trois chaises. Jaco Van Dormael s’est déjà prêté aux questions de Cathy Immelen, Pierre-Paul Renders, pas encore. Une conversation croisée sur le court métrage s’engage. Avant de se lancer dans le long, Jaco Van Dormael a signé plusieurs courts : Maedli-la-brèche, Stade, L’imitateur, Sortie de secours, E pericoloso sporgersi, De Boot. Selon lui, le court et le long représentent des structures, des manières de penser, et des styles complètement différents : « Il y a des gens qui, à 20 ans, sont plus tentés par le long. Moi, le court m’intéressait, parce que c’était plus en rapport avec mes mécanismes de pensée. Je trouvais que c’était un chouette métier de faire des courts métrages parce que ça ne durait pas longtemps, parce qu’il y avait moyen de faire un film par an et de changer de style à chaque fois. Après, j’ai dû me mettre dans le moule, réapprendre pour faire du long ». Pierre-Paul Renders, lui, n’a expérimenté qu’une seule fois le court métrage : La tendresse, un sketch figurant dans un long collectif. Il maintient néanmoins un lien avec le court en supervisant des scénarios à l’IAD : « C’est proportionnellement plus dur et plus investissant de faire un court qu’un long. Ce n’est pas une carte de visite, mais une vraie expérience aussi intense et profonde que sur un long. À chaque fois, un vrai tournage. ». Son voisin acquiesce au terme « expérience » et complète : « Avec le court, on peut faire un truc et voir tout de ce suite ce que ça donne. C’est formidable de ne pas différer trop longtemps le plaisir. Alors que pour le long, on rêve du sentiment qu’on avait en écrivant et on attend longtemps de voir le résultat ».

Ce que ça donne ? Des courts percutants, elliptiques sans péripéties (pas le temps, pas la pellicule) qui rencontrent de plus en plus l’intérêt du public, ce dont se félicite Pierre-Paul Renders : « C’est enthousiasmant de se dire qu’il y a des salles combles pour des soirées de courts. Les gens ne savent pas ce qu’ils vont voir, ils y vont les yeux fermés alors que le gros handicap qu’on a, nous, c’est que la curiosité est devenue complètement secondaire. Bon, peut-être que les gens se disent : "si jamais, c’est chiant, ça ne durera pas longtemps !" ».

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