Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Février 2014
Mots-clés : court métrage, expérimental,
 

La part de l'ombre d'Olivier Smolders

Cinéaste autant que philosophe, collectionneur, ou encore encyclopédiste, Olivier Smolders tisse, depuis plusieurs années, un univers peuplé d’archives insolites, d’insectes, de petits cailloux, de masques, de corps ouverts et fermés, (mangés parfois), et autres fantaisies qui donnent à ses films l’air d’un inquiétant cabinet de curiosités. Cet assemblage entraîne le spectateur dans un voyage fantastique, de l’autre côté du miroir, vers des contrées où se marie, de façon faussement aléatoire, la science et l’art. Son dernier court métrage ne fait pas exception et s’introduit furtivement dans la part d’ombre de l’art, de l’histoire, et peut-être même de chacun de nous.

image du film La part de l'ombre d'Olivier SmoldersLa part de l’ombre… Un titre et déjà des images surgissent, qui évoquent l’inconscient, le secret, les contes peuplés d’ogres de notre enfance, les désastres de l’histoire.
Film en voie de disparition… Un sous-titre et déjà nous comprenons que le film doit être regardé comme un objet, une peau de chagrin, ou bien peut-être comme un être vivant, on ne sait plus, on s’y perd, et n’est-ce pas là justement l’intérêt de la chose, se perdre.

Se perdre dans les méandres d’une sombre histoire, celle du photographe hongrois Oskar Benedek, qui, en 1944, le jour de l’exposition de son œuvre à la galerie Hantaï, aurait disparu de la surface du globe pour ne plus réapparaître. Disparaître, comme disparaîtront aussi les photos d’enfants mutilés qu’il aurait prises dans un hôpital dirigé par l’effrayant docteur Klein, monstre méphistophélique réfugié en Suisse avant d’être assassiné de la plus atroce des façons. Disparaître enfin comme les sujets du photographe devenus ombres, fantômes,  aspirés par le processus photographique qui tendrait à les immortaliser mais qui, ici, les dépouille de leur matière, de leur essence.
Olivier Smolders met en scène - et en pièces - cette histoire qui se prête à une infinité de combinaisons possibles dans lesquelles le spectateur dérive au cœur du processus de l'élaboration imaginaire. Avec son accumulation d’images surréalistes, érotiques, picturales, chirurgicales, naturalistes, La part de l’ombre est une expérience cinématographique limite, expérimentale, un joyau aux puissants reflets noirs. Dans ce théâtre de la cruauté en forme d’enquête et de conte fantastique dans lequel s’emboîtent les pièces d’un puzzle complexe, tout est de l’ordre (ou du désordre) de l’interprétation et donc de la création.
Smolders poursuit ainsi sa quête du film-objet. Après un film « pour amuser les chaises », un autre « en forme de poire » ou encore un film « immobile », ce film « en voie de disparition » rappelle au spectateur que tout n'est qu'illusion emboîtée dans un rectangle, qu’il soit photographique, pictural ou filmique. Mais qu’est-ce que la réalité sinon une illusion donnée par les sens ? Qu’est-elle, en effet sinon l’histoire que l’on s’invente ? 

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