Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Novembre 2005
01/11/2005
Mots-clés : sortie en DVD,
 

La petite chartreuse

Il était une fois un casting rassemblant deux acteurs primés à Cannes (Olivier Gourmet – Le Fils – et Marie-Josée Croze – Les Invasions Barbares) et une jeune fille au profil de princesse (Bertille Noël-Bruneau), qui étaient au service d'une histoire mettant en scène un homme dur – "qui n'a jamais versé une larme" -, une mère à la dérive, et une gamine dans le coma. C'est autour de ce triangle déséquilibré que se construisent les rapports de vulnérabilité, de culpabilité et de régénération qui nourrissent La Petit Chartreuse.
Comme Almodovar dans Parle avec elle, Jean-Pierre Denis lance, dans cette adaptation du roman de Pierre Péju, un regard réinventé sur les contes de fées qui ont rempli notre imaginaire et qui gagnent maintenant une dimension post-moderne. Dans un temps où presque toutes les histoires ont été inventées, il ne reste qu'une possibilité, revisiter les mythes, métaphoriser les anti-héros, transformer le baiser du prince charmant dans le pouvoir réveilleur des mots.
Edité par Cinélibre, le DVD propose un bonus avec une interview d’Olivier Gourmet où l'acteur dévoile sa façon de construire les personnages ("Je leur invente toujours une biographie") ainsi que ses motivations pour travailler dans ce projet : "J'ai immédiatement aimé le scénario. En tant qu'acteur, il y avait vraiment un personnage à défendre. C'était un vrai personnage dans toute sa complexité et avec tous ses démons; ce n'était pas une caricature". L'acteur compose un homme souffrant d'hypermnésie - une exaltation pathologique de la mémoire - ce que lui permet de reproduire tout ce qu'il avait mémorisé, dans ce cas, plusieurs bouquins, qu'il raconte à la petite Eva pendant sa période de rétablissement. Le fameux "dos parlant" de Gourmet dans d'autres films, cède sa place à un flux quasi permanent de mots, comme si cet homme était le prisonnier d'une pensée qui ne lui appartenait pas. "C'est comme une voix qui parlait de votre cerveau", souligne l'acteur, "C'est quelque chose d'obsédant, qui est là tout le temps dans votre tête. C'est incessant, vous n'arrivez pas à maîtriser".
Le côté torturé de cet homme semble, cependant, assez contrôlé par rapport au personnage de Marie-Josée Croze qui marche sur un fil d'incertitude et de fragilité, incapable de gérer sa vie et d'élever sa propre fille, Eva. Même si le ton du film est assez mélancolique, Jean-Pierre Denis arrive à filmer la rencontre entre les deux personnes sans basculer dans un mélodrame appelant aux larmes faciles. Le registre des acteurs, plein de justesse, est cohérent avec cet abordage en jouant sur la suggestion, plutôt que sur un déchirement permanent des états d'âme. Essai réussi sur la communication et sur la non communication, le film ouvre le chemin à la rédemption, expression ultime d'un happy end hors du commun, où les mots deviennent le synonyme presque miraculeux d’une deuxième vie ou d'une nouvelle histoire, encore à écrire.

La Petite Chartreuse, J.-P. Denis, DVD Cinélibre, diffusion Twin Pics

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