Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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décembre 2007

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11/12/2007
 

La Question humaine de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval

Avec La Question humaine, librement adapté du roman homonyme de François Emmanuel, Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval ponctuent un triptyque sur la société contemporaine entamé avec Paria puis La BlessureS’immisçant dans le monde de la grande entreprise, ils convoquent la Shoah pour livrer une perception acérée des mécanismes à l’œuvre dans le libéralisme économique. 

la question humainePsychologue attaché au département ressources humaines d’une multinationale, Simon, la quarantaine, est un jour chargé par un haut responsable, Karl Rose, d’une enquête sur la santé mentale de l’un des directeurs de l’entreprise, Mathias Jüst. Cadre jusque-là zélé, et guère traversé d’états d’âme, conformément à l’usage, le voilà bientôt happé par son sujet, au point de voir ses certitudes vaciller, son horizon se fissurer. En effet, plutôt qu’apporter une hypothétique conclusion au dossier, les recherches de Simon en changent radicalement la nature, dès lors qu’elles l’amènent sur le terrain de l’Histoire.

La perspective se fait résolument affolante lorsque, à la lecture d’un document sur la Shoah, Simon est amené à établir un lien entre la terminologie utilisée par les nazis et celle à laquelle lui et d’autres recourent dans l’univers de la grande entreprise – terminologie relais d’une même déshumanisation en cours dans l’un et l’autre système. Rattrapé par son enquête, si pas piégé par elle, Simon voit alors son univers se dérober. 

Le propos de Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval, sa scénariste, n’est pas ici de tracer un parallélisme, par ailleurs discutable, entre monde de l’entreprise et nazisme mais bien d’instruire une réflexion sur la nature même du capitalisme contemporain, et de la permanence des mécanismes qui sous-tendent la société occidentale, au premier rang desquels une violence organisée et anonyme. Entreprise ambitieuse, dont ils s’acquittent de maîtresse façon, à travers un film foisonnant, aux strates multiples s’emboîtant en autant d’élargissements successifs de la perspective. 

Car s’il s’inscrit, dans un premier temps, dans la fort estimable tendance du cinéma démontant les mécanismes de l’aliénation en entreprise (à la façon, par exemple, de Violence des échanges en milieu tempéré), offrant une vision blême d’un univers peuplé d’individus construits sur un moule identique et des rapports de pouvoir s’y nouant, La question humaine gagne en densité à mesure que son enquête semble se refermer sur Simon, non sans ouvrir sa conscience. À l’instar de son propos, le film se fait alors proprement vertigineux, film noir dont la révélation, porteuse in fine de plus d’interrogations que de réponses, ne manque pas de désarçonner un temps.  

Sans qu’il soit fait aucunement mystère de son engagement, on est loin ici d’un manifeste démonstratif, mais bien en présence d’une œuvre à l’étrangeté stimulante – jusque dans sa mise en scène, à la judicieuse déclinaison. Une œuvre magistralement incarnée aussi par un Mathieu Amalric, offrant de Simon une interprétation habitée. 

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