FacebookTwitter
Webzine
juin 2008

Vidéo

Entrevue

Critique

Sortie DVD

Evénements

Film dessiné

Publication

Tournage

06/06/2008
 

La Question royale de Christian Mesnil

Histoire d'un règne controversé

Extrait du film la question royale de Christian Mesnil. Il est des faits historiques que l'Histoire préfère oublier. Mais comment pourrait-on assurément prétendre que l'amnésie puisse être le baume des blessures, tant personnelles que collectives ? Par souci de compréhension d'un événement qui faillit jeter la Belgique dans une guerre civile, Christian Mesnil avait, en 1975, mené une enquête politique, interrogeant les archives de la RTB (peu) et  surtout des images des Actualités de Belgavox et de Pathé, destinées aux avant-programmes des salles de cinéma. Il avait aussi interrogé des hommes politiques encore présents 24 ans après pour démêler la Question Royale, impliquant Léopold III, père de Baudouin Ier et d'Albert II, déchu, en 1951, de son pouvoir de régner sur la Belgique. Cet épisode de l'histoire nationale que certains ont préféré effacer des manuels scolaires a pourtant cristallisé l'approfondissement de la déchirure linguistico-communautaire.

C'est donc avec grand intérêt que l'on peut (re)découvrir ces 93 minutes d'analyses politiques éclairant, sous l'angle idéologique, le conflit contre la Maison Royale, quand on sait que les défenseurs actuels de la monarchie étaient les plus virulents contestataires de la personne de Léopold III. Les temps changent, les personnes partent, mais l'Histoire s'écrit dans la succession des événements, date après date.

Christian Mesnil distribue dans les bacs son film en DVD, accompagné d'analyses récentes d'un historien (Jean Puissant), d'un politologue (Vincent de Coorebyter) et d'un micro-trottoir pour comprendre la place du Palais Royal dans les remous communautaires que la Belgique traverse depuis près d'un an. Le website qui accompagne le DVD contient matériel pédagogique et documents historiques. http://www.laquestionroyale.be/

 

Nous avons rencontré Christian Mesnil.

 

Cinergie : Qu'est-ce qui vous a motivé, en 1974, à réaliser ce film ?

 

Christian Mesnil : Je me suis souvenu de mon enfance et de ces divergences qui ont été très fortes, dans ma famille et autour de moi ! Je me suis dit, « s'ils veulent cacher des choses, c'est qu'il y a des choses intéressantes à découvrir ». Pour moi, toute vérité est bonne à dire.

Je remarque qu'on écrit souvent l'histoire en ne disant pas tout dans l'histoire, et c'est, je crois, ce qui a fait que le film a eu autant de succès à sa sortie. J'ai révélé pour le grand public, en tout cas pour un public plus jeune, les différentes tentatives de Léopold III de s'arranger avec Hitler, notamment à Berchtesgaden. Ça m'a stupéfait, personnellement, d'apprendre que le roi a essayé de s'arranger avec un dictateur nazi !
Quand le roi demande à Hitler de ne pas envoyer les femmes au travail obligatoire en Allemagne, pour des raisons morales, cela veut dire, que les hommes pouvaient y aller !

 

C. : Comment expliquez-vous les événements de 1950-1951?

 

Ch. M. : Il y a plusieurs éléments qui permettent de comprendre pourquoi il y a eu conflit, notamment son second mariage, en pleine occupation. Car si on cache tout ça, on ne comprend rien en définitive !
Pour la télévision flamande, Léopold III, était un saint, et puis tout à coup on voit 100.000 personnes dans la rue à Bruxelles, 200.000 à Liège ! On se dit, ces Wallons, ces francophones sont fous.
J'ai essayé de mettre l'accent sur les choix du roi pour essayer de mieux comprendre où se trouvent les problèmes.

Extrait du film la question royale de Christian Mesnil. Lorsqu'à la fin de la guerre, le roi est libéré (il avait consenti à aller en Allemagne, au  château de Strobl, pendant l'occupation), le Premier Ministre de l'époque, Van Acker, se rend au château avec une délégation et lui demande de faire une déclaration en faveur de la résistance et des alliés. Il n'a pas voulu la faire. Au lieu de ça, il a écrit, ce qu'on a appelé un testament politique, où il critique ceux qui n'ont pas suivi une politique d'alignement sur l'Allemagne. Cela a été très mal vu !
Au retour de Léopold III, le jour même, des manifestations ont eu lieu à Bruxelles, puis se sont étendues dans toutes les villes importantes de Wallonie et de Flandre aussi; à Gand et à Anvers, dans les milieux ouvriers.Mais tous n'allaient pas dans le même sens ! Moi j'ai vécu cela dans ma propre famille; beaucoup estimaient qu'on ne pouvait pas admettre ce retour, et d'autres (plutôt des femmes, car c'est vrai que c'était un bel homme et que le côté "people" a peut-être joué (rires)), qu'il fallait le fleurir, lui montrer qu'on était de son côté. 

Ces manifestations virulentes ont fait trois morts, trois ouvriers mineurs tués par la gendarmerie dans la région de Grâce-Berleur. Ce sont ces trois morts qui ont convaincu le roi d'abdiquer, pour ne plus voir le sang couler.

Au moment de la prestation de serment de Baudouin, la tension était vive. Parmi les opposants, il y avait des parlementaires, dont Julien Lahaut, le secrétaire général du parti communiste, qui s'est écrié « Vive la République ! » au moment où le roi levait la main pour prêter serment. Ce cri a résonné comme un coup de tonnerre. Julien Lahaut, ouvrier de la région de Liège, a été assassiné une semaine plus tard. C'est un des rares crimes politiques de la Belgique.

 

Propos recueillis par Dimitra Bouras et Jean-Michel Vlaeminckx, filmés par Antoine Lanckmans, avec l'aide du CBA et de la Cinémathèque de la Communauté française.

 

 

 


 

commentaires propulsé par Disqus