Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Mars 2003
01/03/2003
Mots-clés : critique de cinéma,
 

La raison du plus fort de Patric Jean

Un film coup de poing qui vous met KO pour un bon bout de temps. Le temps de reprendre ses esprits car on n'en croit pas ses yeux, à tel point qu'on se demande si on n'aurait pas perdu la raison ? 
Patric Jean, le réalisateur du film documentaire Les enfants du Borinage frappe une fois de plus fort, très fort, là où ça fait mal. Il va droit au but sans emballage cadeau pour dire tout haut ce que plus personne ne dit même tout bas : la honte de nos systèmes qui contribuent à écarter et à enfermer les indésirables de notre société, et qui mènent, on le sait, tout droit à la délinquance. Cette honte vous est servie ici comme un plat qui se mange froid. Et croyez-moi c'est indigeste. Car dans le fond « la pauvreté », « la déprime » pend au nez de tout le monde, il suffit de perdre un jour son emploi, tomber malade ou décrocher.
Le film est le résumé d'une longue déprime qui a commencé il y a longtemps et qui ne fait que s'accroître au fil des années. Et, on ne voit pas bien comment elle pourrait s'arrêter, ou plutôt se soigner. Quelles seraient les solutions pour remédier à cette descente aux enfers ? À cette population en déroute qui transmet de génération en génération sa déprime, son mal de vivre, sa violence et son désarroi et qui ne voit pas comment l'endiguer sans changements en amont, sans aide véritable.
La prison, les médocs, la drogue n'ont jamais résolu les problèmes d'ordre psychologique, ça on le sait aussi. Mais, on continue à enfermer des gens qui auraient besoin d'un soutien, d'une aide psychologique pour survivre, sortir du mal de vivre. Une séquence du film le dit noir sur blanc lorsqu'un détenu de la prison supplie les gardiens de ne pas l'enfermer au mitard parce qu'il a voulu se suicider. Insupportable.
Le film ressemble à une errance entre des grandes villes qui se ressemblent étrangement par leur « physionomie urbaine ». De Bruxelles à Amiens et Lyon, en passant par Marseille, tout est pareil. Partout le même phénomène, on rénove le centre ville, on vide les quartiers pauvres qu'on rejette à l'extérieur de la ville dans des cités, qu'on laisse à son tour pourrir comme des dépotoirs. Écartés de tout, les portes ne s'entrouvrent pour eux, que pour mieux se refermer. Ils sont comme des lions en cage à tourner en rond sans issue.
À quand la restauration de l'apartheid où l'on aurait les riches d'un côté et les pauvres de l'autre ?


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