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Entretien avec Pauline Etienne sur La Religieuse de Guillaume Nicloux.

2013, l’année Pauline Etienne 

Présenté et salué lors du récent Festival de Berlin, La Religieuse de Guillaume Nicloux a surtout permis à la critique internationale de mesurer tout le potentiel de la jeune actrice belge qui interprétait le rôle principal : Pauline Etienne. Face à Isabelle Huppert et Louise Bourgoin, cette Ixelloise de 23 ans a définitivement prouvé que sa nomination aux Césars en 2010 (pour Qu’un seul tienne et les autres suivront) et son Magritte en 2011 (pour Elève Libre) n’étaient pas dus au hasard. Rencontre.

Bien qu’en permanence entre deux villes, Bruxelles et Paris, entre deux films – elle sera l’héroïne de Tokyo Fiancée, le prochain Stefan Liberski et du prochain Mia Hansen-Løve -, Pauline Etienne peut aisément deviner que 2013 sera un grand cru pour elle. Un sentiment renforcé par la publication, la veille, d’un article d’un grand media français l’annonçant comme les dix comédiennes à suivre de l’année. "C’est vrai, il y a quelque chose qui se passe. Et tant mieux, car depuis le tournage de La Religieuse, je n’ai pas fait grand-chose. Les plateaux commencent à me manquer." Car ce que l’actrice ne précise pas, c'est qu'elle cultive, malgré son jeune âge, l'art de savoir se faire désirer. Tout à son honneur : "Je refuse en effet pas mal de choses, car je veux avant tout me diversifier. La jeune fille un peu naïve et amoureuse, j’ai déjà donné, merci !"

Heureusement plus volubile qu’à des débuts où elle se contentait de répondre par oui ou par non aux questions des journalistes, et forcément, plus lucide encore, celle qui découvrit le métier grâce au comédien Tom Boccara (qui la tuyauta pour un épisode de…Louis la Brocante) concède enfin réussir à savourer ce qu’elle est en train de vivre. "J’ai eu beaucoup de difficultés au début à prendre du plaisir, car je me suis retrouvée au Césars presque du jour au lendemain. Là, je veux en profiter."'

Privilégiant toujours le scénario dans le choix de ses rôles, c’est bel et bien pour cette raison qu’elle a accepté sans hésiter d’incarner cette Religieuse. "Il y a deux ans, Brigitte Moidon (NDLR: directrice de casting belge bien connue) a parlé de moi au réalisateur. Nous nous sommes alors rencontrés et il m’a demandé de lire le bouquin de Diderot qui est beaucoup plus difficile que le scénario". Mais au fait, a-t-elle prêté attention à la première adaptation au cinéma de Jacques Rivette, qui date de 1967 ? "Volontairement, non! Et encore maintenant, car il n’est pas possible pour moi d’admettre que quelqu’un d’autre ait vécu la même chose que moi. Je sais que le film de Rivette a fait un tollé à l’époque. Peut-être ira-t-il voir ce film-ci mais moi, il me faudra des années."

Perfectionniste et donc soucieuse dans la préparation ses rôles ("Au début j’y allais à l’instinct, maintenant je me rends compte que j’ai besoin d’énormément travailler en amont"), Pauline, à l’aube du tournage, se disait prête à passer quinze jours dans un couvent s'il le fallait pour préparer le film. Au final ? "Au final, je ne suis resté que deux jours sur place (rire). C’était à Maredret, en Belgique. J’ai été bien accueillie, mais étant non-croyante, c’était inenvisageable d’y rester plus. J’ai aussi travaillé avec un autre comédien (NDLR: Thomas Coumans) pour apprendre le texte et le piano."

Si un jour, l’actrice estomaqua ses grands-parents en leur avouant qu’elle ne connaissait pas Michel Piccoli avant de lui donner la réplique dans Le Bel Age, qu’en était-il d’Isabelle Huppert ? (Rire) "Là par contre, je connaissais. J’ai même demandé à ce qu’on me répète deux fois son nom pour être bien sûre. La première scène avec elle fut assez difficile à jouer." Le tout, sous le regard d’une maman bienveillante, d’ailleurs régulièrement présente sur les plateaux.

En début de carrière, l’actrice concédait parfois mal à mesurer la portée d’un film sur le public. Et aujourd’hui ? "A présent, je suis convaincue qu’un film peut faire bouger les gens, surtout quand on vit une époque très compliquée. Je dois rappeler que j'ai débuté ma carrière au moment de la crise de 2008. J’avais vraiment du mal à me dire que je prenais du plaisir sur un film, pendant que des gens galéraient autour de moi. Mais quand, après les projections, certains ont commencé à me dire que mes films les aidaient parfois à résoudre un problème, familial par exemple, vous voyez les choses sous un autre angle. Donc oui, j’ai conscience du rôle important que nous avons, nous, acteurs."

Enfin, comment, lorsqu’on jouit d’un fond de gentillesse aussi extrême, aussi rare même, émerger dans un milieu qu’elle a souvent dit peuplé de requins ? "Surtout, rester soi-même. Et bien s’entourer. Bizarrement, je rencontre souvent des gens qui veulent bosser pour moi alors qu’ils pensent d’abord à eux-mêmes. Il faut savoir gérer les choses. Mais si je reste prudente, je ne dirai jamais que tout monde est odieux. Il y a des personnes magnifiques dans mon métier. C’est simple, c’est avec celles-là que je voudrais poursuivre ma carrière."

Sortie le 20 mars 2013.

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