Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/1997
 

La Sicilia de Luc Pien

La Sicilia, premier long métrage de Luc Pien, sous les allures d'un road movie à la flamande mélangeant absurde et dérision, bonhomie populaire et messages humanistes, nous entraîne de Flandre en Sicile en un voyage qui se transforme rapidement en surplace. Et c'est dommage car les intentions de Luc Pien s'annonçaient intéressantes. Le retour au pays natal de cet immigré sicilien, mineur à Winterslag et aujourd'hui pensionné, et sa rencontre avec une jeune délinquante en quête d'affection se cantonnent trop à des réflexions toutes faites sur le racisme, la famille, le déracinement, la délinquance et la solitude. Thèmes bateaux s'il en est, La Sicilia les aborde comme autant de clichés, de cartes postales qu'une timide mise en scène ne parvient pas à éclairer. Et l'absence d'un réel point de vue ramène les évidentes bonnes intentions du scénario au niveau télévisuel d'une écriture linéaire et sans risque.
Une telle critique, un tel constat appellent des questions, à savoir : pourquoi aujourd'hui La Sicilia, qui avait tout pour faire un film avec un point de vue, des racines, un lieu d'ancrage, une volonté de traitement propre à une tradition cinématographique flamande, édulcore son originalité au profit d'un emballage passe-partout du plus banal effet ? Pourquoi ce film qui promettait un jeu passionnant sur l'absurde au quotidien, une distorsion du naturalisme ouvrant sur l'étrange et le fantastique et un temps narratif jouant du rêve éveillé et de la douce dérive, vire-t-il à cet absence d'enracinement où s'enlisent nombres de productions européennes?
Et de se demander si ce manque d'audace, ce trop fréquent appel au déjà-vu n'est pas le résultat de l'inscription du film dans une pratique économique et une volonté culturelle qui refusent de voir qu'un film est d'abord un rapport au monde et à l'autre plutôt qu'un produit de masse.

 

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