Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

La tête la première d'Amélie Van Embt

Film venu d'ailleurs en dehors du circuit de la production courante en Belgique, La tête la première d'Amélie Van Embt est un film très intéressant, presque champêtre, se passant en dehors des grandes villes, de la province du Luxembourg à la Normandie française.
Le film conte, avec un côté médiéval et contemporain (entre mysticisme et sexualité), les jeux de l'amour. Cupidon lance ses flèches sur Zoé (Alice De Lencquesaing), une jeune blonde qui veut donner du sens à sa vie, et sur Adrien (David Murgia), un jeune acteur qui joue le vagabond céleste sur les routes. Et comme Cupidon n'a pas qu'une flèche à son arc, il est difficile d'y résister ou de feindre y résister.

jaquette dvd La tete la premièreLe début du film s'ouvre sur Zoé et Adrien qui font de l'auto-stop sans se connaître. Un véhicule s'arrête et les prend tous les deux. Dans l'habitacle de la voiture, derrière le conducteur, nous découvrons la fille et le garçon. Une conversation s'engage avec le chauffeur sur les puces, les biscuits, le théâtre, la danse, l'amour. Zoé, ironiquement, sort : « J'adore baiser avec des filles et des mecs même si après on ne se sent pas formidable. Si je réfléchis bien, il n'y a que cela qui m'amuse. » On glisse donc d'entrée dans les jeux d'Eros. Hors voiture, dans les sentiers, on se jette dans la rivière à corps perdus, sans se noyer. Puis, l'on danse dans une fête de village - en ingurgitant force bières - pour convoquer la sensualité de son corps. Les flèches du fils de Vénus continuent à zigzaguer de Zoé à Adrien. Qu'ensuite on aille en Normandie consulter l'oracle de Delphes, représenté par un vieux loup de mer qui sillonne le cinéma depuis 68 (Jacques Doillon), n'a donc rien de bizarre. On cherche le sens, où git la sérénité : peut-être est-ce dans la transmission générationnelle qu'offre la baise amoureuse : les enfants ou dans le couple tout simplement.
Le film rappelle les jeux amoureux des films de Jacques Doillon et d'Eric Rohmer, autour du parfait amour et du libertinage de notre époque. Une dialectique entre la théologie et l'érotisme puisque l'un ne va pas sans l'autre (c'est du moins ce que l'on ressent en lisant les Confessions d'Augustin - traduites du latin en français par les jansénistes de Port-Royal). Le chemin de la vérité ne s'expose que dans les chemins de traverse qui conduisent à la réalisation de son désir. Tout cela se joue dans La tête la première, en parcourant des territoires habités par une population que l'été et la bière rendent carnavalesques.
Amélie Van Embt vit dans un monde qui, à l'heure actuelle, voit les femmes s'imposer comme réalisatrices. En effet, il n'y a pas que les "femen, héroïnes en colères" qui s'aventurent dans une activité existentielle particulièrement séante au sein de la Cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou. Désormais, dans l'activité cinématographique, des indépendantes ont leur mot à dire comme l'Américaine Kelly Reichardt (Meek's Cutoff), l'Anglaise Andrea Arnold (Whuthering Heights), la Francaise Noémie Lvovsky (Camille redouble) ou la Canadienne Sarah Poley (Take this Waltz). En Belgique, Amélie Van Embt surgit avec La Tête le première. Si vous n'avez pu le voir lors de sa sortie, il est désormais disponible en DVD, dans "la vidéothèque des cinéastes belges indépendants", créée par Imagine films.

 

La tête la première, d'Amélie Van Embt, édité et diffusé par Imagine films.


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