Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
Janvier 2005
01/01/2005
Mots-clés : critique de cinéma,
 

La Trilogie de Lucas Belvaux

scène du film , La trilogie de Lucas Belvaux

Un film choral lui-même subdivisé en trois genres ! Cavale, Un couple épatant et Après la vie, le triptyque de Lucas Belvaux est une aventure pleine de peps à laquelle le spectateur est convié. Qu'on en juge; les trois films nous content une histoire déclinée sous forme de thriller, comédie et mélodrame.
Du jamais fait et du jamais vu. Lucas Belvaux, le réalisateur (qui est aussi acteur) ne vous est pas inconnu, vous avez sans doute eu l'occasion de découvrir il y a quelques années Pour rire, un film qui réunissait Jean-Pierre Léaud (plus Doisnel que jamais) et Ornella Mutti. Un film drôle et grinçant à la fois.
Ajoutons que les amateurs de Jazz seront comblés par une musique composée par Riccardo Del Fra, contrebassiste qui, naguère, eu la chance de faire partie du quartet de Chet Baker !
Lucas Belvaux, entretien avec Philippe Reynaert. Le 02/02, à la suite d'Après la vie.
Les indispensables rencontres entre nos réalisateurs et acteurs avec Philippe Reynaert. Pour vous mettre l'eau à la bouche, quelques propos que nous avait confié Lucas Belvaux :
" Ce ne fut pas une mince affaire parce que la trilogie perturbe complètement les normes en vigueur. Par exemple comment diffuser trois films en même temps. Selon les pays, les films sortent différemment, suivant les habitudes des spectateurs, l'état du marché, etc. En faisant la trilogie, j'avais envie de ramener de l'enthousiasme face à un système sclérosé. Le cinéma français est dans un état défensif et j'avais envie d'être offensif, d'abandonner cette inquiétude qui dévalorise nos productions comme si on allait être écrasé d'office par le cinéma américain par exemple. Offensif est peu être un peu fort. Il faut se placer dans une logique de faire du cinéma pour le plaisir et donc de rompre avec cette volonté de ne faire que du cinéma industriel. Avec la trilogie, je propose aux spectateurs une aventure qui casse un peu leur statut de machine à consommer. Ainsi il y a la vie, pouvoir appréhender des personnages de cinéma comme des êtres vivants que l'on va découvrir petit à petit, que l'on va retrouver, redécouvrir, voir évoluer avec des sympathies ou des antipathies.. Et il y a le cinéma avec ce travail particulier de mise en scène qui fait que chaque spectateur s'approprie les films suivant sa singularité.
lucas Belvaux, réalisateurPrendre conscience que nous sommes, l'autre et moi, plus complexes que l'image que nous en avons et accepter cette complexité. Nous sommes dans un monde où le crétin l'emporte sur le penseur. Il règne actuellement en France un climat anti-culturel, anti-intellectuel, anti-gens qui pensent. Le gouvernement français s'adresse à la France d'en bas, ce que je trouve d'un mépris absolu. Plus le discours est simpliste et plus il est censé plaire, avec un côté gratification de la bêtise qui me hérisse.
Je suis contre ce phénomène de massification de la pensée. Nous sommes des êtres singuliers et nous n'avons pas à avoir peur de notre complexité d'existence. Il faut l'accepter sinon on se prend des pains dans la gueule et des avions dans les buildings. C'est ce qui arrive quand on impose une vision simpliste du monde, quand la pensée n'est plus vivante... Défendre le divers, parler de ce métissage né des multiples croisements de vies particulières, c'est dire que l'unité naît de la diversité. De même pour la trilogie, c'est l'idée que chacun a son parcours spécifique qui fait sens, communauté quand il rencontre et se mélange à ceux des autres. Nous avons tous quelque chose qui nous unit, quelque chose de très intime qui nous relie et qui n'est pas ce que l'on consomme, pas plus que notre culture. Je ne voulais pas défendre la diversité en commençant la trilogie mais ces idées sont venues comme j'écrivais, elles sont nées du projet, pas l'inverse. Et puis j'écris pour chaque spectateur et pas pour un public. L'idée de public est totalitaire, c'est comme si on essayait d'imposer un film... alors le public devient un objectif pour mieux vendre et avec la notion de public, on fabrique un goût commun, ce qui est encore du totalitarisme. En fait dans le cinéma tout se tient, de l'écriture jusqu'à la diffusion et, ici comme ailleurs, les même idées, les mêmes enjeux se retrouvent de l'ébauche d'un projet jusqu'à sa diffusion finale. "

Découvrez les films de Lucas Belvaux en VOD sur UniversCiné.be

 

commentaires propulsé par Disqus