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La Vénus aux plastiques de Françoise Levie

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Les incroyables sixties à l'énergie sidérante laissent notre époque - devenue sceptique - pour le moins pantoise. Françoise Levie a consacré un documentaire à Evelyne Axell, comédienne, peintre et pop'artiste ou artiste plasticienne qui dépeint cette époque. 

Evelyne Axell, La Vénus aux plastiques de françoise LevieLa réalisatrice suit le destin d'Evelyne Axell au volant d'une voiture américaine années 50, une Chevrolet rose saumon qui roule encore et sert de lien d'une séquence à l'autre. Une métaphore du parcours d'Axell, décédée sur une route dans une voiture américaine d'occasion. Levie découvre l'artiste chez son père, Pierre Levie, producteur de films en Belgique, notamment de Il y a un train toutes les heures, le film d'André Cavens (format 137, n&b) dans lequel Evelyne Axell joue un rôle.
Qui était Evelyne Devaux, le vrai nom d'Axell, se demande Levie ? Une femme libérée, mais fascinée par sa propre image au point de ne cesser de faire des autoportraits nus ? Et pourquoi cette jeune icône de la vie namuroise, à la vie mondaine assidue, a-t-elle changé de trajectoire à vingt ans pour entamer une vie plus solitaire, celle d'une femme artiste qui met son corps en jeu pour affirmer son désir sur des toiles.
En suivant, à 19 ans, des cours de comédienne au Conservatoire de Bruxelles, elle rencontre dans le train, Jean Antoine, à six jours de son mariage prévu avec un autre. Coup de foudre pour ce réalisateur de séries culturelles à la radio-télévision. Autre mariage : l'imprévu plutôt que le prévisible. Et si elle avait pris un train à une autre heure, serait-elle devenue actrice plutôt que peintre ? Peut-être bien. Cela ressemble à l'histoire du nez de Cléopâtre. Françoise Levie, en interrogeant les proches d'Evelyne Axell, retrace une vie singulière sous l'empire de la passion, des images de soi et de son double. Axell vit dans le dédoublement d'une coexistence entre elle et la reproduction d'elle-même, mais en insistant sur des intensités contradictoires et inséparables, celles du corps et de l'esprit. L'idée du double se retrouve dans toutes ses œuvres où l’on voit l'artiste deux fois sur une même image, l'une à gauche observant celle à droite.
La peinture, elle va l'apprendre chez René Magritte, lorsqu'elle renonce à devenir comédienne. Le cadre d'un tableau devient comme machine érotique qui fait l'apologie des lèvres nues féminines. L'éternelle séduction des femmes date, bien sûr, avant qu'Aphrodite ou Vénus ne soit montrée dans le marbre antique sous le regard de l'agora. Au XXe siècle, l'époque bouge beaucoup, après le Surréalisme, on abandonne assez vite l'art abstrait pour le Pop Art, un style d'images colorées comme de la publicité en technicolor (un côté spectaculaire qui va même affoler le cinéma - regarder le générique de Vertigo ou de la série La Panthère rose de Blake Edwards qui datent de la même époque). Ensuite, surgissent, pour continuer à innover, les fées de l'ère du plastique, du plexiglas et de l'émail.
Outre l'utopie de la technologie comme progrès, la technique est une drôle de galère pour les images immobiles du troisième art. La force visuelle gagne-t-elle en se servant de techniques différentes de celles du pinceau qu'ont innovées les classiques de la Renaissance ? Qui le sait ? Sinon que c'est un paradoxe en ce qui concerne la durée du temps de vie. Par exemple, certains produits "innovants" sont d'un usage intéressant dans l'immédiat, mais très limité ensuite : ils sont rapidement jetables, comme l'ensemble des produits destinés à la consommation.
Françoise Levie signale aussi le goût et l'obsession érotique de l'artiste, sous tous les angles, comme les variations de la musique sérielle. Il y a de l'ironie dans Axell nue (ce n'est pas seulement Narcisse qui s'observe). Ses images ne sont pas à l'eau de rose, elles respirent l'air du désir d'investir son corps. En avril 69, Evelyne va réaliser un happening. Une femme nue, casquée comme un motocycliste, effectue un striptease à l'envers, elle se rhabille. Procès en justice qu'elle gagne. Ce sont les débuts de ce qu'on appelle désormais la "révolution sexuelle".
Axell est devenue, quarante ans après sa mort dans un accident sur l'autoroute du temps, à cause d'un critique d'art alcoolique qui tenait le volant maladroitement, une sorte de "wonder woman" du féminisme. Ses travaux naviguent désormais dans le monde entier de New York à Vienne, en passant par Paris, Londres et Bruxelles.
C'était aussi le désir d'Evelyne Axell d’être reconnue comme une artiste.

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