Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
06/04/2009
 

La Véritable histoire du chat botté, de Pascal Hérold, Jérôme Deschamps et Macha Makaïeff.

Actuellement sur nos écrans, La véritable histoire du chat botté, nous intéresse à plus d'un titre. Film d'animation 100% réalisé en 3 D et images de synthèse, c'est une production purement européenne, par son origine, son histoire et son mode de production. Or, quand on parle 3 D et images de synthèse, on pense généralement à nos cousins d’outre-Atlantique. À l’heure actuelle, plus personne n’est étonné de voir chaque année huit à dix productions américaines réalisées selon cette technique cartonner au box-office. Alors qu’en Europe, les long-métrages entièrement faits sur ce mode sont encore très rares. Ce projet européen est aussi une aventure belge, dans laquelle nos compatriotes du pôle liégeois d'animation ont joué un rôle plus qu'actif. Une alternative heureuse à l’usine à images américaine ? 

Petit Potté vous chat-lue bien
C'est en tout cas ce qu'a envie de créer Pascal Hérold quand il décide d'abandonner sa firme Duboi, dont il a fait, en un peu plus de dix ans, une référence en matière d'effets spéciaux et de postproduction numérique, pour se consacrer à l'animation. Convaincu des potentialités du projet, il en parle à quelques amis, dont le couple d’auteurs et metteurs en scène de théâtre Jérôme Deschamps et Macha Makaïeff, et les producteurs Martin et Nathan Karmitz. Et cette association improbable met en route une production artisanale, presque familiale, dans le sous-sol des laboratoires photos de l'épouse d'Hérold (d’où le nom de son studio : Delacave).

la véritable histoire du chat bottéEntouré d'une équipe de proches collaborateurs, Hérold se charge du visuel : technique, animation, mise en images. Deschamps et Makaïeff supervisent l’aspect narratif, la mise en scène, la création des personnages, les jeux d’acteur. Macha Makaïeff, outre son travail de comédienne, met la main aux costumes et aux décors. Juliette, leur fille, supervise la production musicale. Arthur, leur fils, outre son travail d'animateur aux côtés d'Hérold, est la voix de petit Pierre, le meunier.Et débarque une flopée de comédiens de la "famille" Deschiens, avec en tête notre Yolande Moreau nationale,qui non seulement font les voix, mais ont aussi joué toute l’histoire, afin que leurs attitudes corporelles et faciales servent aux animateurs pour donner vie aux personnages.

Le résultat est incontestablement brillant. Chacun, dans sa partie, a tenu à donner le meilleur de lui-même. Tout à fait fidèle au conte de Perrault, le récit est juste un peu enjolivé et actualisé. Comme on ajoute l'un ou l'autre détail piquant pour aider l'histoire à traverser le temps lorsqu'on la raconte à un enfant à l'heure de s'endormir. C'est rigolo, sympa mais cela manque, sans doute, d'un peu de folie. Partout, le film fourmille d'inventions. Se présentant sous la forme d'une comédie musicale, il y gagne en tonus et en énergie. Il y a une véritable recherche esthétique dans les décors et les paysages, entre une référence assumée à Gaudi et un orientalisme qui évoque certaines architectures indiennes. Le spectacle est, certes pittoresque, mais l'ensemble, hélas, manque de peps.
 
Pris séparément, le savoir-faire des personnes n'est pas en cause, mais tous ces talents juxtaposés suffisent-ils à faire un film ? Tout se passe comme s'il manquait une tête, quelqu'un dont la vision eut été capable de transcender ces multiples capacités pour les fondre dans un effort commun au service d'une ambition. En fait, le produit fini hésite entre l'adaptation fidèle, la recherche esthétique, la satire, l'impertinence, ou l'humour décalé. Cherchant à intéresser tous les publics, il est trop référencé pour les petits, mais pas assez impertinent pour les grands, manquant ainsi chacune de ses cibles.la véritable histoire du chat botté

Livrées à elles-mêmes, les différentes composantes de cette machine remplissent leur cahier des charges, mais la prise de risque est minimale. Les personnages correspondent davantage à des archétypes qu'à des personnalités propres et leur ressemblance avérée avec des personnages réels accentue encore cette impression. Le vilain chambellan est visiblement inspiré de Louis de Funès dans La folie des grandeurs, ou L'avare. La chevelure brune et courte, la silhouette déliée et les mimiques mutines de la princesse Manon font irrésistiblement penser à la charmante Emma de Caunes.

Yolande Moreau n'a pas fait que prêter sa voix à la reine, et le chat lui-même, malgré, ou peut-être à cause de son aspect picaresque, ne peut éviter la parenté avec son cousin Potté, débarqué de l'univers de Shrek.
Si les danses sont au goût du jour, elles ne se distinguent par aucune recherche esthétique ou chorégraphique particulière. La musique se contente d'adapter à la sauce techno-folk les grands airs du répertoire classique. Trop clairement organisé autour des numéros musicaux, le film progresse entre eux de manière assez molle. Et malgré la richesse du travail graphique, l'image manque de finesse, les couleurs dominantes choisies donnent dans le criard et sortent trop visiblement d'une palette d'ordinateur.


Le résultat n'est pas sans charme. Yolande Moreau tire superbement son épingle du jeu en composant une reine marollienne pleine de saveur. Cette dernière est d'ailleurs le seul apport d'envergure à la trame originale de Perrault, mais il est justifié au regard du travail de la comédienne. La princesse, jeune fille résolument moderne et délurée, apporte aussi un peu de piquant, tout au contraire de son fadasse amoureux. Le carrosse royal, le château de l'ogre, les personnages transformés sont autant de bonnes idées. Enfin, le bouquet final (le duel entre le chat et l'ogre, dépressif mais quand même pas trop disposé à se laisser croquer) est impressionnant de maîtrise technique, bien mené et fort bien rythmé (façon "Ride film"). Le tout donne un assez bon divertissement familial, mais manque hélas de personnalité et de dynamisme, surtout au degré d'exigence auquel la concurrence américaine a élevé ce genre bien particulier. 
 
La coproduction belge apporte au film une réelle valeur ajoutée, dont le travail de la reine Yolande n'est que la partie la plus visible. Les Bruxellois de Nexus Factory se sont embarqués dans le navire fournissant avec leurs correspondants gantois de Creative Conspiracy et liégeois de Co-toons et de Digital Factory une contribution technique non négligeable. Plus d'une centaine de nos compatriotes ont ainsi travaillé à la mise en images. Un travail fort honorable quoiqu'un peu limité par les moyens financiers à disposition, mais un travail que peuvent, à juste titre, vanter l'agence wallonne pour les nouvelles technologies Promimage, et le pôle audiovisuel liégeois. La véritable histoire du chat botté a en effet été choisie par eux et par Wallimage pour être la vitrine du savoir-faire wallon lors des journées de cinéma Wallonie en février dernier. Un beau coup de chapeau pour une industrie de l'animation digitale en plein essor en terre liégeoise. Un phénomène sur lequel Cinergie ne manquera pas de revenir bientôt. 
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