Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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01/05/2008
 

Lady Chatterley et l’homme des bois de Pascale Ferran

Arte Vidéo a 15 ans. Bulles, petits fours et macarons. Pour l’occasion, cinq titres liés au catalogue de la chaîne paraissent dans une édition « Prestige ». Lady Chatterley et l’homme des bois, le film aux cinq César de Pascale Ferran (Meilleur film, Meilleure actrice, Meilleure photo, Meilleure adaptation et Meilleurs costumes), est l’un d’eux. Il est édité à l’intérieur d’un coffret, dans sa version télévisée, en complément du making of et du scénario du film.

lady chatterley et l'homme des bois extraitDans l’Angleterre d’octobre 1921, la belle et maussade Constance (Marina Hands) s’efforce, sans grande conviction, à remplir son rôle d’épouse dévouée auprès de son mari, Clifford (Hippolyte Girardot), un entrepreneur minier, blessé de guerre, à l’humeur souvent rageuse. Au printemps, Constance devient la maîtresse de Parkin (Jean-Louis Coulloc’h), le garde-chasse bourru du domaine  qui  trouve refuge dans la nature. Dans leur territoire intime, la forêt de Wragby, leurs différences s’estompent. Constance ne sera plus la même. Parkin, non plus. Clifford, par contre, restera Clifford. 

En 2007, Lady Chatterley et l’homme des bois, le troisième long métrage de Pascale Ferran adapté de l’œuvre de D.H. Lawrence, avait séduit les romantiques des salles de cinéma. Certains plans ne pouvaient pas disparaître : Constance fondant en larmes devant un poussin « confiant », Clifford s’obstinant à vouloir faire avancer coûte que coûte sa voiture à moteur immobilisée, quitte à se montrer désagréable avec ceux qui souhaitent lui venir en aide. Mais aussi, les amants courant nus sous la pluie avant de décorer leurs corps de fleurs et de feuilles, sans oublier les saisons et la nature filmées poétiquement. Les arbres vivent, les oiseaux pépient, les écureuils se cachent, les plantes poussent, les gouttes tombent, les branches s’agitent, les fleurs parsèment les bois et les chemisiers de Constance.

Les romantiques devraient se réjouir : après une sortie classique, Lady Chatterley et l’homme des bois est réédité en DVD sous format « prestige » à l’occasion des 15 ans d’Arte Vidéo. Le film est proposé dans sa version télévisée : 202 minutes au lieu des 158 servies en salle obscure. Deux compléments l’accompagnent, le making of (Notre amie Constance) et le scénario du film publié en coédition avec Gallimard. Dans le premier, réalisé par Arnaud Louvet, chargé de programmes à Arte, on apprend que le film, réalisé en 5 mois, a cherché à épouser le fil du récit et des saisons, et que Pascale Ferran, dixit son directeur photo Julien Hirsch, voulait « adapter un des plus grands romans du vingtième siècle, l’air de rien. » Etre très structuré sans que cela ne se voit… L’autre intérêt de ce coffret réside dans le scénario du film signé Pascale Ferran et Roger Bohbot. En 208 pages, il offre quantité d’informations au lecteur-spectateur, par ses indications techniques et artistiques. Le scénario permet de ressentir profondément les émotions et les intentions des personnages ainsi que l’importance que revêt la nature dans leur histoire. Pour preuve, des fleurs ont décidé d'orner la couverture du livre et son quatrième ! 

lady chatterley et l'homme des bois extraitPeu après la sortie du DVD, le 5 mars, se tenaient, à Paris, le Salon du livre et une rencontre avec Pascale Ferran autour de l’adaptation littéraire au cinéma. La réalisatrice, passionnée de lecture, raconta qu’elle eut le désir de découvrir l’œuvre de D.H. Lawrence après avoir lu Gilles Deleuze. Elle lut les trois versions que l’auteur avait écrites autour de Lady Chatterley et choisit d’adapter la deuxième en prenant soin de faire retraduire les dialogues d’origine afin qu’ils soient les plus littéraux possible. Rapidement, les grandes lignes de l’adaptation arrivèrent : entre 6 et 8 mois pour la version télé et 6 semaines pour sa transposition au cinéma. 

Pascale Ferran : « Le cinéma était l’outil idéal pour restituer la relation entre les deux personnages principaux. Celle-ci évolue en permanence : un geste, une maladresse peut arrêter net leur histoire. (…) En général, dans les livres, on décrit tout ce qui se passe avant le sexe. Puis, tout s’arrête. Que ce soit dans ce livre et dans ce film, il reste de nombreuses pages et plans. L’histoire se poursuit : grâce à l’autre, des pensées s’ouvrent, des sensations jamais connues surgissent. (…) Le livre a fait scandale il y a 80 ans. On a surtout parlé de ses scènes d’amour. Lawrence a souhaité restituer la sexualité comme élément central dans la vie et l’épanouissement des gens. La sexualité doit être conçue dans les relations humaines et non isolément. À l’époque, elle était cachée. Aujourd’hui, elle explose, notamment à la télévision. À  nouveau, elle est mise en avant comme si elle n’était pas reliée à l’autre. Aujourd’hui, on peut lire Lady Chatterley et le trouver très contemporain. » 


Après Lady Chatterley, les liens entre passé et présent et littérature et cinéma pourraient bien être réactualisés : Pascale Ferran s’intéresse à une nouvelle de Thomas Hardy. Quatrième long métrage en vue ?

DVD Lady Chatterley et l’homme des bois : film en deux parties (« À la conquête de soi-même » et « Un nouveau monde »). Compléments de programme : le making of (Notre amie Constance) et le scénario du film coédité avec les Editions Gallimard. Édition : Arte Vidéo. Distribution en Belgique : Twin Pics

Lire aussi l’interview d’Adrienne Fréjacques, responsable du service édition et distribution internationale d’Arte Vidéo.

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