Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Mai 2014
 

Le Best of Anima 2013

Au printemps, le Festival Anima ramène chez nous le meilleur de l’animation et, en guise d’apéritif, avec les crocus, arrive un DVD compilant le best of de l’édition précédente. Ce DVD est le 9e de la série et contient 10 courts métrages. Cinq sont extraits du palmarès de la compétition internationale, trois sont issus du palmarès de la compétition belge et deux représentent les coups de cœur des organisateurs. 

dvd Best of anima 2013Côté belge, on a le plaisir de retrouver Oh Willy, prix SACD mais aussi prix Cinergie. Le film d’Emma De Swaef et Marc J. Roels, avec ses personnages pelucheux, ses décors soignés et son étrange et émouvante histoire de retour à la « mère » nature n’était pas encore accessible en vidéo, à notre connaissance. C’est désormais chose faite, pour notre plus grand plaisir.

Autre représentant national, Betty’s Blue de Rémy Vandenitte était lauréat du Prix RTBF/La trois. Cinergie avait évoqué en son temps cette histoire du Deep South, qui touche aux sources du blues et s’en imprègne sur fond de ségrégation violente et d’amour brisé. La technique graphique utilisée partage les spectateurs, mais l’ambiance sonore et musicale ne souffre aucune discussion.

Et, bien sûr, le grand vainqueur de la compétition belge 2013, Deux îles est aussi au programme. Meilleur court étudiant et très controversé Grand Prix de la Communauté française, Deux îles est un travail collectif d’élèves de la Haute Ecole namuroise Albert Jacquard, associés pour l’occasion au bédéiste Eric Lambé dans le cadre d’un ambitieux projet. Initié notamment par Canal + et Jean Jacques Beineix, l’idée du Laboratoire d’image est de mettre ensemble sept créateurs dans les domaines de l’illustration, du dessin, ou de la BD, et des étudiants de quatre écoles d’animation européennes. L’Œuvre nous avait plutôt laissés froids, avec son dessin au bic, tramé sur fond bleu, et son histoire quelque peu absconse. On lui reconnaît au moins le mérite d’une certaine inventivité graphique. D’autres, par contre, avaient beaucoup plus apprécié, sensibles peut-être à la coproduction prestigieuse de ce film "expérimental". Tant mieux pour les jeunes élèves en infographie et grand bien leur fasse.

Des cinq films du palmarès international, on retiendra d'abord Oh Sheep’, de l’Allemand Gotfried Mentor (Prix du public de la nuit animée). Cette animation de synthèse au scénario bourré d’idées et d’humour (noir), et à la conclusion aussi désopilante que sanglante est une sacrée fable sur la tolérance. Pessimiste, je vous l’accorde, mais une démonstration par l’absurde de la bêtise "moutonnière" et un bel hymne à la résistance, aussi.

On pointera aussi Fear of Flying de l’Irlandais Conor Finnegan. Cette gentille histoire mélange, de manière ludique, l’animation de poupées en peluche avec des techniques de dessin 2D et 3D. Et le Grand prix Anima 2013, Feral, de l’Américain Daniel Sousa, l’odyssée d’un enfant loup capturé par les hommes, sa difficile socialisation et son retour à la nature. Très beau dessin qui évoque parfois Folon, et très bel hymne à la liberté, un peu classique toutefois.

Pripad du Tchèque Martin Zivoky (Meilleur court étudiant) et Palmipedarium du Français Jérémy Clapin, (Meilleur court professionnel) complètent le panel. Le premier est une histoire policière très graphique, jouant sur les ombres et au dessin original plutôt seventies ; tandis que le second nous conte, en synthèse 3D, l’histoire d’un petit garçon qui part à la chasse au canard et qui fait la rencontre d’un étrange palmipède au long bec emmanché d’un long cou.

Deux coups de cœur des organisateurs complètent avec bonheur la sélection de ce DVD, et il faut bien reconnaître que, qualitativement, on se situe encore un cran au-dessus de la sélection internationale. Artiste en résidence de Folimage, la Chinoise Hefang Wei livre avec Le banquet de la concubine un superbe conte graphique dans le style des peintures chinoises. Dessin sur papier magnifiquement mis en couleurs, cette adaptation d’un opéra pékinois nous transporte en 746, dans la dynastie Tang pour une histoire de jalousie. Hefan Wei, 30 ans, pratique la peinture chinoise traditionnelle et la calligraphie depuis son enfance. Elle est considérée comme une des artistes chinoises les plus prometteuses. Elle nous livre ici, en tous cas, une merveille précieusement ciselée dont on se souviendra.

L’autre sélection des organisateurs est l’un des courts métrages les plus remarqués l’année dernière au plan européen. Junkyard du Néerlandais Hisko Hulsing est un coup de poing au ventre. Mélangeant habilement des techniques aussi variées que l’animation 2D, la peinture à l’huile, le dessin, un peu de 3D et la BD traditionnelle, il raconte en en un peu plus d’un quart d’heure toute la désespérance sociale d’une jeunesse oubliée de la croissance et abandonnée de tous, sauf des dealers. Noir, post punk, Junkyard est un long cri de rage désespéré, radical et poignant sur une certaine détresse urbaine de plus en plus prégnante.

En bonus, l’affiche d’Anima 2013, sa bande annonce et les autoportraits (dessinés) des réalisateurs. 

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