Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
mai 2009
04/05/2009
 

Le Château des quatre obèses et La femme coupée en morceaux de Yvan Noé - Belfilm

Naissance d'une collection
Comme annoncé par Paul Geens lui-même dans l'interview du webzine n°137, le catalogue DVD de l’association Belfilm s'agrandit et traverse les frontières avec sa nouvelle collection : Souvenirs de France. Le principe reste identique, présenter des films anciens méconnus, oubliés, voire totalement ignorés. Après les films belges, c’est donc au tour des films français de tenter une résurrection. Ce mois-ci, la surprise est double et signée Yvan Noé : Le château des quatre obèses (1939) et La femme coupée en morceaux (1946), des titres qui auraient pu aisément trouver leur place sans dénoter au Festival du Film Fantastique qui vient d'avoir lieu à Bruxelles.

Marie Edgar Jean Noetinger dit Yvan Noé
Réalisateur, scénariste, dialoguiste, auteur dramatique né en 1895, Yvan Noé commence sa carrière cinématographique à l'arrivée du parlant à Hollywood. Rapidement dégoûté par un système de studio qui « paralyse notre esprit », et un cinéma qui tend (déjà !) « à nous abêtir », il rentre définitivement en France. Les années 30 seront une période de grande productivité puisqu'il enchaîne, à un rythme effréné, essais, pièces de théâtre et films. Les grands noms de l'époque défilent alors sous sa direction jusqu'en 1950 : Danièle Darrieux, Fernandel, Serge Reggiani, Charles Trenet et bien d'autres... Malgré ces célébrités à l'écran, une filmographie importante et un pseudonyme percutant, le réalisateur est aujourd’hui quelque peu passé aux oubliettes.
Sorti en mai 1939, Le Château des quatre obèses a été tourné en 1938, l'année d'or de l'industrie cinématographique française qui produit alors plus de 120 films.  

Le Château des quatre obèses

Le chateau des 4 obèsesCette intrigue policière rondement menée se déroule à huis clos (le fameux château) et fourmille de personnages pittoresques : un étrange médecin, une jeune fille se faisant passer pour folle, une mémère et son chienchien, un couple d’escrocs, un chanteur imitateur tout droit sorti de La Cage aux folles. N’oublions pas, bien entendu, les quatre propriétaires du château, quatre frères obèses, qui apparaissent l’un après l’autre accompagnés du son lourd et pesant des cors donnant ainsi un effet à la fois burlesque et menaçant. A cette étrange apparition vont succéder leurs quatre non moins étranges disparitions que le pauvre inspecteur Lenoir devra élucider. Entouré de tous ces personnages singuliers et d’une valetaille pour le moins suspecte, l’enquêteur perdu ne sait plus où donner de la tête entre mensonges, calomnies et impostures. Dans la lignée des « Whodunit » (Qui l'a fait ? : expression anglo-saxonne pour désigner les films où il s’agit de trouver le coupable parmi un groupe de personnages) Le Château des quatre obèses est une sorte de cluedo ludique ouvrant un dialogue léger avec le spectateur et permettant un casting ample et varié.
On goûtera sans réserve le jeu d’André Brulé, certes un brin engoncé dès qu'il s'agit de jouer de l’arme à feu ou de courir après une femme fatale, mais tellement à l’aise dans ses pauses aristocratiques, et de Sylvia Bataille (l’épouse du sulfureux et génial Georges) dans le double rôle d’une folle au rire hystérique et d’une espionne pleine d’ingéniosité.
À la fois réalisateur, scénariste et dialoguiste Yvan Noé domine son sujet et lui apporte une cohérence tout à fait remarquable.

La femme coupée en morceaux
Six ans après Le Château des quatre obèses, dans l’immédiate après-guerre, Yvan Noé récidive avec La Femme coupée en morceaux. Les quatre obèses ont fait place à quatre amoureux transis qui, se rendant compte que la belle s’est fait la malle en laissant un mot à chacun (« j’ai trouvé l’homme de ma vie, adieu » ou « pardon », c’est selon), vont se reconvertir en chanteurs de cabaret et faire le tour de la planète pour la retrouver. Un pour le chic, un pour le choc, un pour le chèque, et le quatrième comme secrétaire pour organiser le tout ne lui ayant pas suffi, c’est avec un magicien que la jolie blonde file le parfait amour, découpée chaque soir en quatre morceaux (tiens, tiens) sur les scènes du monde entier.
Entre marivaudage et music-hall, cette comédie qui manque certes de rythme n’est pas sans charme. 

La femme coupée en morceaux

Le scénario original et inventif est truffé de situations cocasses qui doivent beaucoup au théâtre. Tourné exclusivement en intérieur, on parcourt avec les quatre amoureux éconduits un voyage plus imaginaire
Le Château des quatre obèses - 1939 - 87' que réel à la recherche d’une ombre, un fantasme, un rêve fou.  

Réalisation, scénario et dialogues : Yvan Noé
Avec : Pierre Alcover, André Brûlé, Lucas Gridoux et Sylvia Bataille.

La femme coupée en morceaux - 1946 – 90’
Réalisation, scénario et dialogues : Yvan Noé
Avec : Gaby Andreu, Lily Baron, Noëlle Norman, Claude Dauphin, Henri Guisol, Pierre Louis, Jean Témerson, Jean-Jacques Delbo.

Info : www.belfilm.be

 

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